Et « les veuves aussi » ! / Par Tijane BAL

La mort d’un adversaire politique n’est un sujet facile ni à évoquer ni à « gérer ». Surtout lorsque l’opposition excède le débat d’idées pour toucher à l’existentiel. La difficulté tient aussi, en l’espèce, à la réalité d’un pays où la religiosité enveloppe la vie et le débat publics. C’est ce dont on s’est rendu compte une fois encore ces jours-ci.

Entre « la mort n’excuse rien » et « la mort efface tout », la marge est réduite. La situation se complique quand le disparu, en l’occurrence la disparue, ne fait pas à proprement parler figure d’adversaire. Tel est le cas de l’épouse, récemment décédée, de l’ancien chef de l’Etat mauritanien (de décembre 1984 à août 2005). Un président dont la gouvernance est à jamais associée à une répression sans précédent ciblant une communauté du pays : les haalpulaar. Répression dont l’ampleur et le caractère systématique ont inspiré à certains le mot génocide. Cette tragédie, plus enfouie que surmontée, continue de hanter la vie du pays et les esprits de certains de ses citoyens. L’ancien président, pas nécessairement ses proches, en restera, probablement pour toujours, l’incarnation.

Dès lors, les funérailles officielles, fait le plus marquant parmi diverses autres initiatives étatiques développées en parallèle, n’ont pas manqué de faire débat, bien que par ricochet, est-il nécessaire de le préciser.

Ainsi, du déplacement de l’ambassadeur de Mauritanie au domicile qatari de l’ancien président pour y présenter les condoléances des dirigeants de l’Etat. Il ne semble pas que ce soient les condoléances elles-mêmes qui posent problème mais la publicité qui les a entourées. (On doit par ailleurs à la vérité de noter que la disparue n’était pas l’épouse du président au moment des événements susmentionnés).

Que penser de tout cela une fois salué la mémoire de la défunte (dont il ne semble pas qu’elle ait à aucun moment assuré des fonctions officielles) ? Limitons-nous à deux ou trois choses simples.

– Observer que le débat de ces derniers jours a pris une tournure singulière quoique compréhensible à certains égards. Ce n’est pas tant la disparue qui en est le sujet que l’ancien dirigeant et c’est bien ainsi.

– Le caractère officiel des obsèques peut, pour des raisons évidentes, être questionnée en toute neutralité d’un strict point de vue institutionnel. Certains semblent y voir un appel de phares en direction de l’ancien président voire l’expression (renouvelée ?) d’une offre de réhabilitation. « Du passé, faisons table rase » en quelque sorte. Ce qui, on le comprend, ne peut être du goût de tous.

– Vient incidemment à l’esprit un parallèle. Les funérailles de Mme Marième Daddah, l’épouse du premier président mauritanien-dont la disparition avait ému par-delà les différences et clivages-avaient-elles revêtu cet aspect solennel ?

– S’impose enfin un effet miroir. Celui que tend depuis des décennies, un Collectif de femmes baptisées collectivement d’une expression un peu « dépersonnalisante » à force, mais si parlante et significative « Les Veuves ».

Les courageuses n’ont eu de cesse de se battre sans faiblir pour faire reconnaître la mémoire et les droits de leurs époux disparus sous le régime de l’ancien président. Il ne s’agit pas, là non plus, de comparaison déplacée mais de l’affirmation qu’elles auraient, elles aussi, mérité un minimum de sollicitude dans un tout autre registre. Est-il besoin de rappeler que leurs époux ne sont pas morts de mort naturelle ?

 

 

Tijane BAL pour Kassataya.com

 

 

 

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