
Ainsi, le Sénégal d’aujourd’hui vivrait sous un régime de « cohabitation » politique.
Le mot et la chose
Cohabitation rappelle coexistence. Ce sont deux vocables connotés positivement mais charriant des difficultés sous-jacentes. De manière générale, les Etats célébrant la cohabitation heureuse entre des populations sont ceux où cette cohabitation est précaire. Au répertoire des relations internationales, la doctrine dite de la coexistence pacifique trahissait surtout l’aveu de tensions idéologiques plus ou moins latentes entre Etats.
Cohabitation : le cas français et l’originalité sénégalaise
Il est à noter que c’est Sonko, un dirigeant politique sénégalais plutôt réservé à l’égard de la France qui, le premier, a fait référence au mot, marqueur du lexique « institutionnel » français. Et pas que d’aujourd’hui.
Il semble en effet que, dès 1963, dans le sillage de la réforme constitutionnelle de 1962 portant élection du président français au suffrage universel, de Gaulle ait envisagé l’hypothèse d’un PR issu d’une majorité face à une assemblée issue d’une majorité différente. Le schéma est donc dessiné. L’hypothèse se concrétisera à trois reprises longtemps après la disparition de de Gaulle : de 1986 à 1988 avec Jacques Chirac et François Mitterrand, de 1993 à 1995 avec Mitterrand et Balladur et de 1997 à 2002 avec Chirac et Jospin.
Le cas Balladur est d’ailleurs singulier puisque, convaincu de sa popularité, le Premier ministre (du 29/3/1993 au 17 mai 1995), « choisi » par Chirac, décida de se présenter en définitive contre ce dernier avec les résultats que l’on sait.
Sonko, de l’improvisation à la « république des partis » ?
En évoquant la cohabitation, l’ancien PM s’écarte de toute évidence du sens politique habituel donné à ce mot et du cas de figure qu’il décrit. L’ancien PM continue, jusqu’à plus ample informé, d’appartenir à la même formation politique que le président. Situation Incongrue donc !
Dès lors, pour ne citer que cet exemple, la menace permanente de censure que, du haut de son perchoir, le nouveau président de l’assemblée nationale fait planer, gagnerait à être expliquée. De quoi s’agit-il ? Sonko et ses amis ont-ils de fait pris congé du Pastef sous la bannière duquel ils avaient été élus ? Sont-ils passés à l’opposition avec armes et bagages? Ce que « cohabitation » laisse entendre. Ou en ont-ils de fait exclu le président Diomaye et ses alliés pour en faire des sans parti ? Combien de temps une telle aventure est-elle amenée à durer ?
Au secours
Du temps de sa splendeur, le PS français fonctionnait avec force tendances. Les congrès se faisaient à coup de motions A, B… et à la fin des fins intervenait toujours une « synthèse » salvatrice. Une telle formule n’eut-elle pas été plus adaptée à la situation sénégalaise ?
Les détracteurs de Laurent Fabius, alors président de l’assemblée nationale, moquaient son « socialisme hôtelier ». « Lolo » mettait à profit, paraît-il, l’hôtel de Lassay (résidence du président de l’assemblée) pour soigner ses amis politiques. Il suffira à Sonko d’en faire autant. Il faut ce qu’il faut.
Tijane BAL pour Kassataya.com




