Circulation à Nouakchott : quand l’indiscipline remplace la règle, la rue devient une jungle /Par Mohamed Feily dit Antar

Il suffit parfois d’un simple accrochage pour révéler l’état réel de notre circulation.

Ce mardi [15 septembre], au carrefour Seme’et — communément appelé « étage » — Ould Kheteyra, entre Ould Badou et le virage 18 de Dar Naim, un petit choc entre deux véhicules a suffi à transformer la chaussée en véritable champ de bataille. Plus de deux heures après l’accident, le désordre persistait.

À l’heure oû la nuit tombe, alors que la circulation devenait de plus en plus dense, l’absence de régulation visible a laissé place à une règle pour le moins inquiétante : celui qui ose passe, celui qui insiste avance, celui qui respecte attend.

Chacun cherche son passage. On coupe la route, on force le passage, on emprunte les ruelles, on crée ses propres raccourcis. La priorité n’est plus dictée par le code de la route, mais par l’audace du conducteur.

Et le plus grave est peut-être là : nous finissons par considérer cette anarchie comme normale. Quelques citoyens tentent de rétablir un semblant d’ordre. Mais leurs efforts se heurtent rapidement aux récalcitrants, à ceux qui refusent de patienter quelques secondes et préfèrent gagner quelques mètres au risque de bloquer tout le monde.

Plus préoccupant encore, certains véhicules s’engouffrent dans les ruelles voisines pour contourner le bouchon, au mépris de la sécurité des riverains et des enfants qui y jouent. Une simple collision devient ainsi le révélateur d’un mal plus profond : le recul du civisme sur nos routes.

À Nouakchott, le problème n’est pas seulement celui des routes, des carrefours ou des embouteillages. Il est aussi celui du comportement. Le code de la route existe, les campagnes de sensibilisation se multiplient et les autorités annoncent régulièrement des mesures pour améliorer la sécurité routière.

Mais une règle qui n’est pas respectée, ou dont la violation est tolérée, finit par perdre sa portée.
La complaisance nourrit l’indiscipline. L’indiscipline produit le désordre. Et le désordre finit toujours par mettre des vies en danger.

Au moment où ces lignes sont écrites, la situation au carrefour Seme’et Ould Kheteyra n’était toujours pas revenue à la normale. Elle semblait même s’aggraver à mesure que la nuit tombait. Ce constat appelle une réaction rapide.

Il faut, dans l’immédiat, un dispositif de régulation sur ce tronçon aux heures de forte affluence, mais aussi une présence permettant de sécuriser les ruelles et les riverains, particulièrement vulnérables à la tombée de la nuit.

Il faut surtout réapprendre une chose essentielle : la route n’appartient à personne en particulier. Elle appartient à tous.

Respecter la priorité, attendre son tour, ne pas bloquer une intersection, ralentir devant les habitations : ce ne sont pas des gestes de faiblesse. Ce sont les signes élémentaires d’une société qui se respecte.

Parce qu’au fond, le véritable problème de notre circulation n’est peut-être pas que nous manquons de règles. C’est que nous avons trop souvent pris l’habitude de les contourner.

Le sujet est d’autant plus pertinent que des analyses publiées à Nouakchott ont déjà identifié l’incivisme, le non-respect du code et l’absence de discipline aux carrefours parmi les causes majeures des embouteillages.

Mohamed Feily dit Antar

Peut être une image de voiture, route, rue et texte

Peut être une image de une personne ou plus et rue

Aucune description de photo disponible.

 

 

Mohamed Feily dit Antar

 

 

Les opinions exprimées dans cette rubrique n’engagent que leurs auteurs. Elles ne reflètent en aucune manière la position de www.kassataya.com

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page