Chidimma Adetshina, la Miss dont l’Afrique du Sud, en pleine vague xénophobe, ne veut pas

La jeune femme de 25 ans est au cœur d’un feuilleton migratoire et judiciaire avec les autorités sud-africaines depuis 2024, après sa participation avortée au concours de Miss Afrique du Sud. Elle avait quitté la compétition après avoir été victime d’une vague de haine, remettant en cause sa citoyenneté.

Le Monde – Chidimma Adetshina sera-t-elle une reine de beauté sans royaume ? En se présentant à l’élection de Miss Afrique du Sud en 2024, la jeune femme était loin d’imaginer que deux ans plus tard elle risquerait d’être expulsée de ce même pays qu’elle rêvait de représenter, victime d’une xénophobie de plus en plus ancrée dans la société sud-africaine.

Arrêtée en juin au Cap, la jeune femme de 25 ans est accusée d’être entrée illégalement en Afrique du Sud, où elle est interdite de séjour depuis décembre 2024. Bien qu’elle soit née à Soweto, près de Johannesburg, d’une mère d’origine mozambicaine installée de longue date en Afrique du Sud et d’un père nigérian, Chidimma Adetshina ne dispose d’aucun statut légal pour résider dans le pays, avec son fils de 4 ans.

Remise en liberté le 19 août, au terme de sa comparution devant le tribunal régional du Cap, la mannequin conteste l’arrêté d’expulsion émis à son encontre par le ministère de l’intérieur. L’ancienne reine de beauté fait également appel dans une procédure distincte de l’interdiction du territoire sud-africain. « Elle a grandi en Afrique du Sud et y a vécu toute sa vie. Elle n’a nulle part où aller, elle ne vient pas d’ailleurs », fait valoir son avocate, Stefanie de Saude-Darbandi, spécialiste du droit de l’immigration et de la citoyenneté.

Son affaire, emblématique de la fièvre xénophobe actuelle et des violentes manifestations contre les immigrés en situation irrégulière qui secouent l’Afrique du Sud depuis le printemps, a déchaîné les passions jusqu’aux portes du tribunal. Plusieurs manifestants à l’appel du groupe March and March, figure de proue du mouvement contre l’immigration illégale, se sont rassemblés devant l’édifice pour réclamer son expulsion.

Ce n’est pas la première vague xénophobe à laquelle est confrontée Chidimma Adetshina. La notoriété soudaine de la jeune femme, en 2024, lors de sa candidature à l’élection de Miss Afrique du Sud, en avait déjà fait une cible privilégiée pour les personnes hostiles aux immigrés africains.

« La situation a dégénéré quand elle a célébré sa qualification pour la finale [de Miss Afrique du Sud] en brandissant à la fois le drapeau sud-africain pour sa mère et le drapeau nigérian pour son père », fin juillet, rappelle son avocate. Très vite, le concours, qui s’étale sur plusieurs semaines, a été noyé sous les pétitions contestant sa légitimité à représenter l’Afrique du Sud et exigeant son retrait. Des personnalités, comme le ministre des sports, des arts et de la culture, Gayton McKenzie, avaient exigé que la candidate, alors étudiante en droit, prouve qu’elle était bien sud-africaine.

Car Pretoria ne reconnaît pas le droit du sol inconditionnel : pour qu’un enfant obtienne la nationalité, un de ses parents doit être citoyen ou résident permanent en Afrique du Sud. Or, « il existe des raisons sérieuses de penser qu’une fraude et une usurpation d’identité ont pu être commises » par la mère, avait déclaré, en août 2024, le ministre de l’intérieur, Leon Schreiber.

Pour protéger sa famille, Chidimma Adetshina avait dû renoncer à briguer la couronne. Mais son histoire n’avait pas échappé aux organisateurs du concours de Miss Univers Nigeria, qui l’ont invitée à participer à la compétition, en tant que fille d’un ressortissant nigérian. Et elle l’avait emporté, le 31 août 2024. Une victoire qui en annonçait d’autres : Chidimma Adetshina a été par la suite élue première dauphine de Miss Univers 2024 et Miss Univers Afrique et Océanie, le 18 novembre 2024, au Mexique.

 

En octobre 2024, les autorités sud-africaines ont annoncé que la jeune femme et sa mère étaient déchues de leur nationalité. En 2025, Chidimma Adetshina, qui dispose d’un passeport nigérian, a fait deux demandes de visa pour l’Afrique du Sud. En vain. Elle a alors tenté sa chance par la voie terrestre depuis le Mozambique en présentant le passeport sud-africain avec lequel elle avait quitté le pays en août 2024. Bien qu’il ait été invalidé depuis, le document a été accepté.

« Les agents de contrôle aux frontières ont vérifié le passeport et confirmé que tout était en ordre, elle a donc pu entrer. Dès son arrivée, nous en avons informé le ministère de l’intérieur », assure sa représentante juridique. Mais la reine de beauté a été rattrapée par son absence de statut légal. L’examen de son recours contre la procédure d’expulsion doit se tenir en février 2027.

 
 

 

 

Source : Le Monde

 

 

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