Au Mali, djihadistes et indépendantistes accentuent la pression sur la junte : « A partir d’aujourd’hui, nous bloquons Bamako »

Les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) ont annoncé, mardi, le siège total de la capitale. Au nord, au moins cinq localités sont tombées aux mains des assaillants. « La situation est maîtrisée », a assuré, de son côté, le président, Assimi Goïta.

 Le Monde – Le blocus est déclaré autour de Bamako. Quatre jours après les attaques coordonnées lancées samedi 25 avril contre la junte au pouvoir par les rebelles indépendantistes du Nord et des combattants du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaida), ces derniers ont annoncé le siège de la capitale malienne. « A partir d’aujourd’hui, nous bloquons Bamako (…). Personne n’y entrera plus » jusqu’à nouvel ordre, a prévenu, mardi 28 avril, un des porte-parole des djihadistes, Bina Diarra, dans un message vidéo diffusé en bambara sur des canaux de propagande du groupe.

L’encerclement de la capitale, que Le Monde n’a pas été en mesure de vérifier, est présenté comme une action de représailles face à l’hostilité de certains habitants de Bamako. « Quand nos hommes ont commencé à se retirer [dans l’après-midi du samedi 25 avril], la population a aidé l’armée à capturer et à tuer certains de nos djihadistes », a justifié Bina Diarra. Le porte-parole du groupe dirigé par Iyad Ag Ghali a également lancé un appel « à tous les musulmans et à tous les Maliens » ainsi qu’à « tout militaire qui tient à sa vie » à rejoindre les djihadistes pour appliquer « ensemble la religion de Dieu le Tout-Puissant » et « construire le pays dans la paix et la dignité ».

Face à ces menaces, la junte, bien que fragilisée, semble tenir bon. Son chef, le général Assimi Goïta, dont l’absence prolongée alimentait les rumeurs, a refait surface, mardi après-midi. La présidence a publié sur son compte X des photos du dirigeant, visiblement en bonne santé, aux côtés de l’ambassadeur russe au Mali, Igor Gromyko. Il est également apparu au chevet des blessés de l’attaque de samedi et auprès des proches de Sadio Camara, le ministre de la défense tué samedi à Kati, dans l’explosion de son domicile.

Dans un discours diffusé pendant le journal de 20 heures de l’ORTM, la chaîne publique malienne, Assimi Goïta a assuré qu’un « coup d’arrêt [avait] été donné aux assaillants dont l’objectif était d’installer un climat de violence généralisée ». « La situation est maîtrisée », a insisté le président. Des propos rassurants qui tranchent avec le climat d’inquiétude qui règne à Bamako.

Vider la région de la présence militaire

La relative accalmie, observée depuis dimanche 26 avril, dans le nord comme dans le centre et le sud du pays, est précaire. Deux détonations d’origine indéterminée ont été entendues dans la nuit de lundi à mardi à proximité de la base 101, occupée par les soldats russes et maliens, en périphérie de la capitale. Mardi, presque toutes les écoles de la rive droite de Bamako ont été momentanément fermées à cause de rumeurs faisant état de la présence de djihadistes dans les environs de la zone aéroportuaire.

Dans le Nord, de plus en plus de localités échappent désormais au contrôle du régime militaire. Première étape d’un plan visant, pour le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le GSIM, à vider la région de toute présence militaire malienne et russe en vue d’y instaurer une gouvernance conjointe, Kidal a été conquise, samedi. Après cette cité, au cœur de toutes les rébellions touareg ayant secoué le pays depuis son indépendance en 1960, au moins quatre autres localités ont été prises par les insurgés.

Infographie : Le Monde

Entre le dimanche 26 et le mardi 28 avril, le FLA a confirmé au Monde avoir étendu son contrôle sur les villes de Ber et de Léré, dans la région de Tombouctou (nord-ouest), et les localités de Tessit et d’Intahaka, dans la région de Gao (nord-est). « Il n’y a plus de présence militaire malienne et russe là-bas », assure Mohamed Elmaouloud Ramadane, porte-parole du FLA, avant d’ajouter que le retrait des forces russo-maliennes était « en préparation », mardi, à Tessalit et Aguelhok, deux communes de la région de Kidal, dans l’Extrême-Nord.

Les opérations Serval et Barkhane

Dans un communiqué diffusé lundi 27 avril, le GSIM a promis aux combattants russes de garantir « la sécurité de leur retrait » et d’épargner « tous ceux qui s’abstiennent de [l’]attaquer », tout en lançant un appel à « tous les membres de l’armée malienne, dans tous les camps et casernes » du pays, pour les inciter à se rendre. Plusieurs centaines de soldats russes de l’Africa Corps, nouveau label de la présence militaire de Moscou au Sahel, ont quitté leur base.

Pour l’heure, Gao et Tombouctou n’ont certes pas encore été prises par le FLA et le GSIM, mais elles sont dans le viseur des insurgés. « On avance méthodiquement », explique Mohamed Elmaouloud Ramadane. Selon le porte-parole du FLA, les rebelles sont aux manettes dans le Nord, tandis que le GSIM s’occupe du Centre et du Sud, « pour faire chuter l’ennemi commun. Bamako, c’est l’étape finale ».

Indépendantistes et djihadistes s’étaient déjà alliés en 2012 contre le régime au pouvoir à Bamako, lançant une offensive dans le Nord pour chasser l’armée et l’administration malienne. Les rebelles avaient fini par se faire doubler par les djihadistes, qui les avaient chassés des villes pour y imposer leur propre agenda, avant tout religieux, centré sur l’instauration de la charia. Face à la progression d’une colonne djihadiste vers le sud du pays, que Bamako était incapable d’enrayer, le président par intérim Dioncounda Traoré avait fait appel à la France.

L’opération « Serval », lancée par Paris en janvier 2013, était parvenue à bloquer les djihadistes aux environs de Konna, dans le centre du pays, et à mettre un terme à l’occupation djihadiste imposée dans de nombreuses villes du Nord. L’opération antiterroriste « Barkhane », qui avait pris le relais de « Serval » en 2014 jusqu’au départ forcé des soldats sur demande de la junte en 2022, n’est toutefois pas venue à bout de la menace djihadiste.

Terreur ravivée

Quatorze ans plus tard, les mêmes forces, toutes deux montées en puissance, ont renoué leur alliance. Avec, cette fois, une coordination dont les contours ont été mûris et négociés entre les deux parties pendant de longs mois « pour éviter les erreurs du passé, quand rien n’était préparé », selon Mohamed Elmaouloud Ramadane.

L’offensive du 25 avril est la concrétisation d’une entente trouvée entre les cadres du GSIM et ceux du FLA au printemps 2025. Dans le cadre de cet accord, « les deux forces ont accepté de revoir leurs exigences à la baisse », détaille Wassim Nasr, journaliste et chercheur spécialiste des groupes djihadistes.

« Le postulat de départ du GSIM est d’imposer la charia. Celui du FLA est d’obtenir l’indépendance de l’Azawad. Les deux groupes ont fait des compromis : le FLA a accepté le principe de gouvernance par la charia voulue par le GSIM, mais en négociant une application plus soft. Comme c’est le cas depuis 2017 dans les zones contrôlées par les djihadistes dans le nord du Mali, et à l’image de ce qui est mis en œuvre dans des républiques islamiques telles que la Mauritanie voisine », souligne l’analyste.

Mais le souvenir des exactions commises par les djihadistes pendant l’occupation du Nord en 2012 est encore vif. Une terreur que ravivent dangereusement les menaces de blocus du GSIM et les démonstrations d’impuissance de l’armée malienne.

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Source : Le Monde

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