Romuald Wadagni arrive quand Ousmane Sonko s’en va. A un jour d’écart : le 24 et le 25 mai. Les contextes et le sens du double mouvement diffèrent.
Contexte :
Wadagni est quasiment nommé président de la République par son prédécesseur et mentor dont il réfléchit l’image. C’est donc un chef victorieux mais sans rivaux qui monte au trône. Or, c’est connu, « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Pas au Bénin apparemment.
On ne peut à l’inverse reprocher à Sonko d’être un adepte de l’école buissonnière des urnes. Sonko et Wadani, mais aussi leurs pays, répondent à deux principes différents : trop de « politique » pour le Sénégal, trop peu de « politique » pour le Bénin. Loin d’être le fruit d’un hasard, ces deux faits résultent d’une construction qui leur donne sens.
Signification
Limitons-nous à la situation atypique du Bénin. En colère contre Patrice Talon, Maître Diouf le qualifia un jour de « président commerçant ». Il n’était pas loin de la vérité. Chef d’entreprise eut été plus exact cependant. C’était son métier d’avant la présidence. Il en est resté quelque chose tout au long de ses deux mandats : un mélange des genres constant et risqué comportant notamment le risque hélas avéré d’escamoter le politique et ses expressions autant que de brutaliser ses acteurs. Cela donne par exemple une assemblée sans opposition, la marchandisation de la vie politique à travers des parrainages au coût exponentiel, des élections sans véritable concurrence…des emprisonnements arbitraires et le culte du résultat-chiffre d’affaires.
Mieux ou pire que plus grand que lui
Dick Morris, un des conseillers de Bill Clinton, vantait la capacité de son patron à ne pas voir l’idéologie et à ne voir que le résultat. « It’s economy, stupid » raillait Bill soi-même.
De même, on prête à Tony Blair et à son New Labour le fait, hérétique aux yeux de certains, de s’être éloigné de la doxa travailliste originelle, influencé en cela par les travaux du sociologue Anthony Giddens. Emmanuel Macron même aurait cédé aux mêmes sirènes. Aucun de ces dirigeants n’a pour autant cherché à disqualifier le politique. Ils auraient voulu qu’ils n’auraient pas pu
Pas même Deng Xiaoping alias La petite bouteille ne l’a fait en Chine malgré la formule qu’on lui prête : peu importe que le chat soit gris ou noir, pourvu qu’il attrape les souris.
C’est dire que Talon est allé loin. Peut-être trop loin. Son poulain dont on dit qu’il est un technocrate froid prendrait des risques à rester sur la ligne tracée par son mentor. « L’humain d’abord ».
Tijane BAL pour Kassataya.com
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