– Un homme de 26 ans a été tué et cinq personnes, dont une enfant de 12 ans, ont été blessées au cours d’une attaque à l’arme automatique d’une rare violence dans les Yvelines, vendredi 23 octobre. Alors que la justice antiterroriste s’est saisie de l’affaire, sous une qualification d’assassinat terroriste à caractère raciste ou islamophobe, un homme de 39 ans a été placé en garde à vue.
« C’est un tournant parce que c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, en raison de leur couleur de peau. » En déplacement à Trappes (Yvelines) dans la soirée du vendredi 23 octobre, le président de la République, Emmanuel Macron, a dénoncé « un attentat terroriste raciste » pour qualifier la tuerie qui a coûté la vie à un homme de 26 ans et fait cinq blessés graves, dont une enfant de 12 ans, plus tôt dans la matinée. En écho, la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a condamné, sur le réseau social X, « un acte criminel de nature terroriste aggravé par le mobile abject du racisme ».
Si les responsables politiques de tous bords parlent d’une même voix, les motivations de l’auteur de ce périple meurtrier restent nébuleuses. Il est environ 10 heures, vendredi, lorsqu’un homme ouvre le feu depuis une Renault Clio grise avec un pistolet-mitrailleur de type Sten, au niveau du 34, avenue Hector-Berlioz, à Trappes, en visant un véhicule à bord duquel se trouvent une mère et sa fille. Ces dernières échappent de peu aux balles. Le suspect roule ensuite plus d’un kilomètre en direction d’une maison de santé, où il tire en rafale sur la façade de l’établissement médical, sans faire de blessés. Il repart en sens inverse, prend la direction du square Louis-Pergaud et tue sa première victime, Pengo B.-W., âgé de 26 ans.
Selon un message publié sur Instagram par un club d’arts martiaux de Seine-Saint-Denis, ce jeune homme, originaire de Poissy (Yvelines), pratiquait le MMA en amateur. « Pengo faisait partie des nôtres. Sur les tapis comme en dehors, il était de ceux qui donnent l’exemple : présent, respectueux, toujours prêt à pousser les autres vers le haut, écrit la Atch Academy. Son sourire, son énergie et sa générosité resteront gravés dans nos murs et dans nos cœurs. Aujourd’hui, les mots manquent. Rien ne justifie qu’une vie soit arrachée ainsi. »
Dans un itinéraire toujours désordonné, le tueur, lui, se dirige vers le sud de Trappes et vise deux nouvelles personnes au niveau d’une station-service Esso, sur la route nationale 10. Un homme de 21 ans, Ahmed C., est touché par plusieurs balles et doit être conduit à l’hôpital Percy, à Clamart (Hauts-de-Seine), dans un état grave. Une femme de 40 ans, Maroua B., plus légèrement blessée mais en état de choc, est hospitalisée dans les Yvelines. Poursuivant sa course meurtrière, l’homme gagne ensuite la commune limitrophe de La Verrière, où il cible deux nouvelles personnes, au niveau de la pharmacie Bois de l’étang, située rue Emile-Dureuil : Samba C., 29 ans, et Ibrahima S.-T., 48 ans. Les deux hommes sont blessés, le premier grièvement.
A environ un kilomètre de là, dans un quartier résidentiel bordé d’immeubles couleur blanc cassé, il s’acharne sur une ultime victime, une enfant de 12 ans, touchée par une dizaine d’impacts de balle. Elle doit être conduite à l’hôpital Necker, à Paris, en urgence absolue. « Elle a été touchée au foie, au rein, aux bras, aux cuisses. Ses jambes vont être déformées. Il y a plein de choses. Son état est grave », a témoigné sa mère, sur RTL. Laquelle émet l’hypothèse que sa fille a été visée parce qu’elle portait « un foulard sur la tête ».
Appartement piégé
De fait, le Parquet national antiterroriste (PNAT) s’est rapidement saisi de l’enquête, ouverte des chefs, notamment, d’« assassinats et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, ethnie, nation ou religion ». Ce qui suggère que la thèse d’un acte terroriste islamophobe ou raciste est privilégiée à ce stade des investigations, confiées conjointement à la sous-direction antiterroriste (SDAT), à la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) et à la direction nationale de la police judiciaire. Lors de son allocution à Trappes dans la soirée, Emmanuel Macron a affirmé que le suspect « a épargné des gens en raison de leur peau », et qu’il « [avait] assumé son acte », sans davantage de précisions.
Selon plusieurs sources proches de l’enquête, l’auteur semble effectivement avoir ciblé uniquement des personnes n’ayant pas la peau blanche. C’est d’ailleurs l’un des éléments qui a conduit la justice antiterroriste à s’emparer de l’affaire, en plus de « la gravité des faits », de « l’arme automatique utilisée » et de la volonté apparente du suspect de vouloir « créer la terreur dans la population ». Selon un bilan fourni par le PNAT, une personne a été tuée et cinq autres ont été blessées et prises en charge par les secours lors de cette attaque violente. L’état de santé de ces dernières n’était pas, dans la soirée, « stabilisé ».
Il est près de 10 h 20 lorsque le tireur présumé est finalement interpellé par des effectifs de la brigade anticriminalité (BAC), dans la commune limitrophe de Coignières (Yvelines), près d’une enseigne de restauration de hamburgers. Dans sa voiture, les policiers ont saisi un pistolet-mitrailleur ainsi qu’une bombe lacrymogène. L’homme est identifié comme un certain Kevin T., 39 ans, et placé en garde à vue.
Avant même qu’il soit conduit dans les locaux de la SDAT pour y être entendu, une perquisition avait débuté à son domicile, situé à Plaisir (Yvelines), et était toujours en cours à 18 h 30. Les démineurs et les agents du RAID – l’unité d’intervention de la police nationale – dépêchés sur place ont eu la surprise d’y découvrir « un dispositif de piégeage de [l’]appartement au moyen de trois bouteilles de gaz et de fils électriques connectés à un minuteur », selon le PNAT.
Quatre condamnations
Pour l’heure, aucun élément n’a été dévoilé au sujet d’un quelconque mobile ou idéologie qui auraient pu motiver le passage à l’acte du tireur. Selon une source policière, les antécédents judiciaires de Kevin T. font apparaître 12 mentions au fichier pour des délits de droit commun (dont la dernière remonte à 2013) : vol à l’étalage, usage de stupéfiants, conduite sous état alcoolique… Son casier judiciaire, lui, affiche quatre condamnations. Le trentenaire n’était pas connu des fichiers du renseignement territorial ou de la DGSI pour une appartenance à une mouvance liée à l’ultradroite.
Selon le ministère public, il n’avait pas encore pu être entendu par les enquêteurs en début de soirée. Une seconde personne – la mère du suspect, qui s’est rendue elle-même à la police – a également été placée en garde à vue, une mesure habituelle dans les enquêtes antiterroristes.
Les saisines de la justice antiterroriste pour des meurtres à caractère raciste sont rares. Le 5 juin 2025, un homme de 53 ans avait toutefois été mis en examen pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste et à caractère raciste » et placé en détention provisoire. Nourrissant des discours xénophobes obsessionnels, il est soupçonné d’avoir abattu l’un de ses voisins, un Tunisien de 43 ans, et tiré sur un autre, un Turc, dans la commune de Puget-sur-Argens (Var).
S’il tenait régulièrement des propos racistes sur les réseaux sociaux, où il avait revendiqué son crime, les investigations n’avaient pas permis d’établir que cet homme en proie à des problèmes d’alcoolisme était affilié à une quelconque mouvance d’ultradroite.
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