– Cela fait neuf ans que les Sénégalais n’avaient pas entendu le nom de Mbayang Diop scandé dans les rues. Mais, depuis quelques semaines, cette femme de 32 ans condamnée à mort en 2017 en Arabie saoudite fait à nouveau l’actualité, alors que, selon des sources diplomatiques sénégalaises, elle pourrait être exécutée prochainement.
Après un premier rassemblement le 10 octobre, plusieurs organisations et figures de la société civile appellent à une nouvelle mobilisation samedi 24 octobre, place de l’Obélisque, à Dakar, pour tenter d’obtenir la clémence de la justice saoudienne. « Nous voulons que Mbayang Diop revienne auprès des siens », plaide son cousin Oumar Diop, qui rappelle qu’elle a un fils d’une quinzaine d’années qui vit au Sénégal.
Depuis 2016, la jeune femme est détenue dans la prison de Faisaliyah, à Dammam, une ville de l’est de l’Arabie saoudite. Elle a été condamnée à mort un an plus tard, reconnue coupable d’avoir assassiné son employeuse saoudienne, alors enceinte, d’un coup de couteau de cuisine à l’issue d’une dispute, le 16 juin 2016. Aujourd’hui, alors que les deux enfants de la défunte se rapprochent de leur majorité, la possibilité de négocier une grâce pour Mbayang Diop, comme la possibilité de son exécution, semble se rapprocher.
« Les vrais coupables sont les agences de recrutement »
Mbayang Diop avait 22 ans lorsqu’elle a été démarchée par une agence qui lui a fait miroiter un travail de femme de ménage en Arabie saoudite, pour un revenu de 600 000 francs CFA par mois (soit 914 euros), ce qui représentait bien plus que le revenu moyen à Dakar – de l’ordre de 100 000 francs CFA (152 euros) à l’époque. Mère célibataire, issue d’une famille modeste, elle est aussi musulmane pratiquante et l’idée de vivre proche de La Mecque lui plaisait, racontent ses proches.
Sur place, la déconvenue aurait été rapide, selon un de ses proches. Son passeport lui aurait été confisqué et ses premières paies non versées. Une dizaine de jours après avoir commencé son emploi, une dispute éclate avec sa patronne. Mbayang Diop l’agresse et la tue.
Ce crime, qu’elle a toujours reconnu, a mis en lumière le sort de milliers d’employées de maison, souvent d’origine subsaharienne, envoyées dans les pays du Golfe par des recruteurs malhonnêtes, qui leur promettent une vie meilleure. Dans une enquête publiée en 2025 et consacrée au sort des employées kényanes envoyées en Arabie saoudite, l’ONG Amnesty International décrivait des « conditions de vie épouvantables » et des « conditions de travail discriminatoires qui s’apparentent souvent au travail forcé et à la traite des êtres humains ». Des dizaines de femmes ont raconté avoir été privées de leurs papiers d’identité et de leur liberté, contraintes de travailler tous les jours sans limite horaire et, parfois, maltraitées par leurs patrons.
« Nous ne contestons pas la décision de justice saoudienne. Nous ne cherchons pas à innocenter Mbayang Diop, nous ne demandons pas à réouvrir le procès, précise Boubacar Seye, président d’Horizons sans frontières, une ONG de défense des migrants. Ce que nous demandons, c’est la grâce. Un acte humaniste et islamique de miséricorde. » « Les vrais coupables, ce sont ces agences de recrutement à la limite de la légalité, qui poussent des jeunes femmes à l’émigration, vers le Golfe notamment, sans aucun suivi, souvent en leur mentant », martèle-t-il.
Le recours au « prix du sang »
A la suite de l’émoi suscité par « l’affaire Mbayang Diop » en 2016, plusieurs agences de recrutement à destination des pays du Golfe avaient été fermées par les autorités sénégalaises. « Ces réseaux ont été très affaiblis, mais, à l’époque, des centaines de jeunes Sénégalaises en ont été victimes », rappelle l’activiste.
Dès 2016, le Sénégal s’était mobilisé pour lui éviter la mort – le pays a aboli la peine de mort en 2004, quand l’Arabie saoudite est, encore à ce jour, l’un des pays au monde à appliquer le plus la peine capitale, avec 356 exécutions en 2025. Des rencontres discrètes avaient eu lieu entre les diplomaties sénégalaise et saoudienne.
Alors que la crainte de voir Mbayang Diop exécutée ressurgit, la société civile compte sur les relations diplomatiques et religieuses entre les deux Etats pour obtenir sa grâce. Une demande en ce sens a été transmise par sa famille au ministère des affaires étrangères sénégalais, à la présidence et à l’ambassade saoudienne à Dakar.
« Nous savons que les [deux] enfants de la défunte seront majeurs d’ici à la fin de l’année 2026. Selon les pratiques de la justice saoudienne, ils pourraient alors accepter le “prix du sang”. Il s’agit d’une compensation financière versée par la famille de l’auteur d’un homicide aux ayants droit de la victime afin d’obtenir leur pardon. Si c’est le cas, nous pouvons espérer une grâce », explique Aminata Sonko, une avocate qui suit le dossier de Mbayang Diop.
Les chefs religieux de la communauté léboue de Dakar et sa banlieue, dont Mbayang Diop est issue, sont mobilisés. Le 12 octobre, les proches de la Sénégalaise ont également rencontré les dirigeants du mouridisme, la plus importante confrérie islamique du pays, dans leur fief de Touba, afin de leur demander d’user de leur influence et de leur prestige. « Nous ne perdons pas espoir, nous prions et nous nous mobilisons », insiste Oumar Diop.
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