– L’année 2025 restera celle des « prédateurs », dénonce Amnesty International dans son rapport annuel. « L’humanité est attaquée », a déclaré la secrétaire générale de l’organisation de défense des droits humains, Agnès Callamard, lors d’une conférence de presse à Londres et en ligne, lundi 20 avril. Sur 500 pages, Amnesty International dresse une sinistre carte postale du monde : « génocide et crimes contre l’humanité à Gaza », « crimes contre l’humanité » en Ukraine, homicides extrajudiciaires commis par les Etats-Unis hors de leurs frontières, et attaques contre le Venezuela et l’Iran. En toile de fond, Amnesty relève des atrocités continues en Birmanie, en République démocratique du Congo et au Soudan. Et 2026 s’annonce sous de mauvais auspices : le Liban est en partie menacé d’annexion, tandis que les civils iraniens tentent de survivre sous les bombes américaines et israéliennes et la répression du régime.
Le multilatéralisme et le droit international sont attaqués de toutes parts par « l’ordre mondial des carnassiers », écrit Agnès Callamard dans la préface de ce rapport, dont les présidents américain, Donald Trump, et russe, Vladimir Poutine, et le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Cet ordre mondial qui voudrait s’imposer « ne s’appuie pas sur les principes de notre humanité commune, mais sur la suprématie du commerce et l’hégémonie de la technologie ».
Répression, déshumanisation, crimes de haine, instrumentalisation du droit sont les principes de ce monde de « prédateurs », qui « affirment maintenant que les mécanismes destinés à assurer la paix et la sécurité ne fonctionnent pas », écrit Amnesty, et cherchent à les remplacer, en créant « des structures à leur service », comme le Conseil de la paix de Donald Trump à Gaza. Attaques contre la Cour pénale internationale (CPI), dont onze magistrats sont sous sanctions américaines, retrait des conventions, abandon des organes des Nations unies, paralysie de son Conseil de sécurité par l’usage abusif du droit de veto par les grandes puissances.
Amnesty International dénonce « l’ère des prédateurs », mais aussi « l’ère des lâches ». Ainsi, décrit l’organisation, « les pare-feu se sont effondrés les uns après les autres, à mesure que s’accumulaient les complicités et les silences coupables concernant des actes de génocide et des crimes contre l’humanité ». Pour Amnesty, « il n’appartient pas à celles et ceux qui trahissent les promesses de proclamer que celles-ci sont illusoires ».
A ceux qui voudraient ramener le droit international à « une douce illusion », Amnesty International reproche de proposer « une vision erronée du chemin qui a été parcouru depuis la seconde guerre mondiale », et du travail de générations de diplomates et de militants de la société civile. Le rapport rappelle les textes fondateurs de cet ordre mondial né après la Shoah, comme la Déclaration universelle des droits de l’homme ou la Convention sur la prévention et la répression du génocide, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1948. Un système multilatéral, « réunissant des Etats sur un pied d’égalité ».
« Manifestations de résistance »
Mais dans le monde des « prédateurs », dit Amnesty, « la volonté de réparer les injustices passées est tournée en dérision, [et] la guerre remplace la diplomatie ». Or, raconte le rapport, au cours des décennies passées, « les mouvements d’émancipation qui se sont succédé se sont nourris de ces affirmations en y puisant une légitimité renforcée, souvent contre la volonté des pays européens ». Etats d’Afrique, des Caraïbes, d’Amérique latine ont, avec les sociétés civiles du monde entier, et malgré l’opposition des Etats-Unis, permis d’élaborer le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, l’un des textes phares du droit international, et aussi la Convention sur les droits de l’enfant et celle sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.
Ce droit international a créé un monde « meilleur », selon Amnesty, qui rejette l’idée répandue selon laquelle il serait moribond. Ceux qui l’énoncent sont ceux qui voudraient sa disparition. Pour Agnès Callamard, « ces puissants aimeraient aujourd’hui nous faire croire que tout cela n’était qu’une chimère, une belle fiction désormais obsolète. Nous devons résister à un tel discours ».
« Résister », assène Amnesty International. Pour ne pas ignorer les victimes qui n’ont pas accès à ces règles de droit, qu’elles soient palestiniennes, afghanes ou iraniennes. L’année 2025 donne à Amnesty des éléments pour croire que l’esprit qui a animé les quatre-vingts dernières années n’est pas enterré. L’organisation rappelle que le Conseil de l’Europe est en train d’établir un tribunal pour juger l’agression de la Russie contre l’Ukraine, que la CPI a délivré des mandats d’arrêt contre les chefs talibans, que l’Organisation des Nations unies a créé un nouveau mécanisme d’enquête sur l’Afghanistan, que la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu une décision phare sur la justice climatique et que 156 Etats ont voté en faveur de l’ouverture de négociations pour qu’un jour une convention internationale interdise ou contrôle l’usage des robots tueurs. Quelques Etats ont rejoint le Groupe de La Haye, créé en janvier 2025 pour défendre le droit international et les deux cours mondiales, CPI et CIJ, passablement attaquées depuis qu’elles sont saisies de la question israélo-palestinienne.
« Des rues des villes aux forums multilatéraux, l’année 2025 a été marquée par des manifestations puissantes de résistance et de solidarité », écrit Amnesty, évoquant la résistance des dockers d’Italie, de France, de Grèce, de Suède, d’Espagne et du Maroc, pour perturber les livraisons d’armes à Israël, et celle des citoyens américains qui luttent contre la police de l’immigration. « Nous devons suivre leur exemple et nous inspirer de leur courage pour bâtir des coalitions solides visant à réimaginer, reconstruire et recentrer l’ordre mondial autour des droits humains, de l’Etat de droit et des valeurs universelles », écrit Agnès Callamard, dans la préface du rapport. La secrétaire générale d’Amnesty encourage « la création de plus d’alliances globales » pour « réénergiser le système multilatéral ». Pas de recettes miracles, mais « créer des espaces de résistance ».
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