Afrique : repenser le modèle des musées

Face à un modèle hérité de l’Europe, de nouvelles approches émergent en Afrique pour redéfinir le musée, plus en accord avec les réalités locales.

Deutsche Welle – En Europe, c’est seulement au XVIIIe siècle que les musées apparaissent sous leur forme moderne, pour rendre accessible au public des collections d’objets d’art.

Le musée occupe dès lors une double fonction. Il devient un outil d’éducation publique et symbolise le pouvoir culturel de l’Etat. Le musée est un lieu d’accumulation d’objets qui sont classés selon des principes scientifiques et exposés dans des vitrines.

L’idée de musée est régie par trois grands principes : le patrimoine culturel passe d’abord par des objets matériels, le savoir doit être conservé par des institutions et la culture est quelque chose de figé et d’archivable.

A partir de l’époque coloniale, les musées européens regorgent de biens volés lors des conquêtes à l’étranger, de spoliations.

Allemagne : bronzes du Bénin exposés à Stuttgart (illustration)
Les collections des musées occidentaux regorgent d’objets africains spoliés durant la colonisationImage : Bernd Weißbrod/dpa/picture alliance

Les atouts du musée

L’avantage du musée, c’est qu’il permet de conserver les objets dans de bonnes conditions, de les protéger des conflits, des affres du climat. C’est un lieu accessible, qui favorise l’éducation des jeunes générations, qui attire aussi des visiteurs étrangers et qui renforce la visibilité d’un pays à l’étranger.

Le musée des Civilisations noires de Dakar a ainsi été inauguré en 2018, tandis que le Musée National du Mali, plus ancien, a été ouvert à Bamako en 1953.

Toutefois, ce modèle importé d’Europe suscite des critiques en Afrique. Pour beaucoup, ce type d’institution ne correspond pas aux usages africains de transmission.

Des historiens et des artistes africains insistent sur une conception d’une culture plus vivante, plus orale, plus liée à des rituels. Les objets placés en vitrine sont sortis de leur contexte, leurs fonctions originelles sont parfois dévoyées.

La grande question qui se pose aussi aux peuples, c’est celle de la restitution des biens culturels spoliés. Une très grande partie de ces biens se trouve toujours dans les musées des anciennes puissances coloniales.

Ghana Accra 2026 | Sheabutter-Museum (deux jeunes visiteuses devant des récipient contenant du beurre de karité accrochés au mur)
Les biens culturels exposés ne sont pas forcément des oeuvres d’art. Ici: le musée du beurre de karité, à AccraImage : Isaac Kaledzi/DW

Des alternatives se développent

Le musée est un phénomène essentiellement urbain, il touche davantage des élites. Comment faire alors pour rendre des pans entiers d’un patrimoine culturel accessibles au plus grand nombre ?

Plusieurs approches innovantes émergent en Afrique. Des musées communautaires, gérés par les populations locales. C’était le cas du musée soutenu par la GIZ, l’agence de coopération internationale allemande, en pays dogon, ou du District Six Museum sur la mémoire de l’apartheid, dans la ville du Cap, en Afrique du Sud.

Il y a aussi les musées vivants, comme des villages culturels, ou des centres d’arts, où des performances sont organisées et des pratiques culturelles sont montrées en action.

De plus en plus, le patrimoine immatériel est également mis en avant : l’oralité, la musique, la danse, l’artisanat. Des collectes d’archives sont mises en place, des festivals voient le jour. Autres tentatives : les écomusées, comme celui de Tata Somba au Bénin ,ou celui de Bouaké, en Côte d’Ivoire.

Le numérique pourrait également ouvrir de nouvelles pistes pour d’autres formes encore de partage et de conservation du patrimoine.

 

Sandrine Blanchard

 

 

Source : Deutsche Welle (Allemagne)

 

 

 

 

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