Courrier international – “Cent disparus, aucun nom” : ainsi s’intitule le post du chroniqueur malien en exil Sambou Sissoko publié sur sa page Facebook. Il est relatif à l’assaut mené le 10 septembre par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaida) contre le camp militaire de Dioura, au centre du Mali. C’est la quatrième fois, selon lui, que les djihadistes ciblent cette garnison depuis 2019.
“Les assaillants sont entrés par l’ouest, puis par l’est, à pied, à moto et en véhicules armés. Ils ont occupé l’emprise, filmé ce qu’ils y trouvaient et sont repartis. Dix jours plus tard, l’État malien n’a toujours pas dit combien de ses soldats y sont morts. Le chiffre, lui, a circulé”, écrit ce chroniqueur, également collaborateur du média de journalistes burkinabè, maliens et nigériens en exil Sahel Horizon.
Le 18 septembre, l’Agence France-Presse (AFP) a cité un rapport de mission de la prévôté, la police militaire malienne, rédigé après l’attaque, et faisant état d’une centaine de militaires disparus, d’une trentaine de blessés et d’autant de prisonniers. L’AFP ajoute que cinq paramilitaires russes de l’Africa Corps ont également péri.
La veille au soir, le GSIM, par le biais de sa chaîne de communication Al-Zallaqa, avait publié des vidéos de l’assaut, et revendiqué avoir tué 150 soldats maliens et en avoir capturé 93 autres.
Bamako, de son côté, est resté mutique. “Aucun bilan. Aucune liste. Aucun nom”, poursuit Sissoko, qui se demande “ce que Dioura révèle du contrat entre l’État malien et ses soldats”.
Les “disparus” anonymes
Les familles de ces militaires, en effet, ont dû tenter de les identifier sur les images diffusées par le GSIM d’hommes gisant au sol ou faits prisonniers et ont appris l’issue de la bataille par la presse étrangère ou par “la propagande de l’adversaire”.
Le chroniqueur s’arrête sur le terme “disparu” employé par la prévôté. “Une catégorie administrative” qui “suspend tout” selon lui. Faute d’acte de décès, il n’y a ni veuve, ni orphelins, ni droits… “La famille reste dans un état intermédiaire où elle ne peut ni espérer ni enterrer.”
La notion d’abandon affleure également dans les témoignages publiés par la Deutsche Welle à l’occasion de ce revers subi par l’armée malienne. Le média public allemand relaie des extraits des propos d’un militaire présent à Dioura lors de l’assaut, appelant des renforts : “Nous n’avons aucun moyen. Nous n’avons nulle part où aller. Essayez de tout faire pour venir nous chercher, ça ne va pas.”
Les insurgés djihadistes ne relâchent pas la pression, débordant parfois l’armée et ses supplétifs russes de l’Africa Corps. En témoignent ces nouvelles salves dans la nuit du 18 au 19 septembre, ciblant à la fois un poste de contrôle en périphérie de Bamako et un hangar de drones de l’armée à Sévaré, dans le centre du pays, lit-on dans Sahel Horizon.
Dans ce contexte, conclut Sambou Sissoko, “on répétera que l’heure est à la guerre et non aux comptes. C’est l’inverse. Un État qui ne compte pas ses morts n’est pas en train de protéger un secret militaire, il est en train de se dispenser d’une obligation. Il demande à ses fils de mourir pour lui et il refuse de dire qu’ils sont morts. […] Aussi longtemps que cela restera vrai, il sera inutile de s’interroger sur le moral de l’armée malienne.”
Source : Courrier international (France)
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com




