
Agence Ecofin – Adoptée en 2022 pour unifier et moderniser l’école publique mauritanienne, la réforme de l’école républicaine n’a pas encore produit les résultats escomptés. Les indicateurs scolaires posent la question des moyens réellement mobilisés pour la mettre en œuvre.
À quelques semaines de la rentrée scolaire, la Mauritanie accélère les préparatifs de la rentrée scolaire. Réunie en conseil de cabinet, la ministre de l’Éducation, Houda Babah, a annoncé le lancement du recrutement de 3 852 agents, selon un communiqué publié mercredi 19 août par l’Agence mauritanienne d’information (AMI).
L’enrôlement couvre 1 000 enseignants principaux, 1 000 enseignants en formation, 553 recrutements directs, 167 régularisations de contractuels ainsi que d’autres personnels du secteur éducatif. Présentée comme la plus grande opération de ces dernières années, elle s’inscrit dans le projet de l’école républicaine. Cette réforme est la pièce centrale du mandat du président Ghazouani. Son ambition est d’offrir à tous les enfants mauritaniens les mêmes chances dans une école publique unifiée.
Quatre ans après son entrée en vigueur, les résultats des examens nationaux interrogent l’efficacité de sa mise en œuvre. Lors de la session ordinaire du baccalauréat 2024-2025, seuls 28 % des candidats avaient été admis. D’après la presse locale, Amadou Tidiane Ba, un responsable syndical, jugeait ce résultat « très bas par rapport au tapage médiatique sur la réforme de l’éducation et aux résultats des pays de la sous-région comme le Maroc, l’Algérie ou encore le Sénégal », ajoutant qu’il était « plutôt similaire à celui d’États en difficulté tels que le Mali ».
L’année scolaire suivante a accentué la tendance. Selon les résultats officiels, le taux de réussite à la session ordinaire du baccalauréat 2025-2026 s’établit à 13,56 %. C’est deux fois moins que le résultat de l’année précédente. Sur 60 376 candidats effectifs, 8 188 ont été admis. Près de 50 000 élèves, soit 76 % des candidats, ont échoué. Les syndicats évoquent des classes pléthoriques, des programmes accélérés et des coefficients déséquilibrés.
Un ratio élèves-enseignant encore insuffisant
Ces résultats s’expliquent en partie par des conditions d’apprentissage dégradées. Le ratio « élèves par enseignant » au primaire était de 25,6 en 2023-2024. Il avait reculé de 1,1 point par rapport à l’année précédente, mais cette amélioration reste fragile. En 2024, le déficit atteignait 67 595 tables-bancs au primaire. Au secondaire, 571 salles de classe manquaient encore, selon l’analyse budgétaire de l’Unicef.
La qualité des apprentissages en pâtit directement. L’enquête SDI 2024 révèle que seuls 56 % des élèves de quatrième année primaire lisent une phrase simple en arabe. Seulement 26 % la comprennent. En français, ces chiffres tombent à 18 % et 3,7 %. En mathématiques, à peine 9 % des apprenants réussissent une multiplication simple. La réforme s’est accompagnée d’une hausse des effectifs dans le public, elle n’a pas encore amélioré ce qui s’y passe.
La ministre nuance pourtant ce tableau. Elle soutient que le succès d’un système éducatif ne se mesure pas uniquement à son taux de succès aux examens. Le programme « Okhouwa », destiné aux élèves de milieux défavorisés, a affiché 64,3 % de réussite à la session ordinaire. Ce résultat plaide pour la réforme, mais il concerne une fraction des candidats, pas l’ensemble du système.
Le recrutement de nouveaux agents traduit une volonté d’apporter une réponse directe au déficit structurel. Le pays attend de ce renfort des effets tangibles sur les résultats à venir.
Félicien Houindo Lokossou
Source : Agence Ecofin




