Classement de Shanghai 2026 : le savoir, fondement du développement, et quelle place pour l’Afrique ?

Financial Afrik  – Publié le 15 août 2026, le classement académique des universités mondiales de Shanghai (ARWU) offre une nouvelle photographie de la hiérarchie internationale du savoir. Au-delà du palmarès des établissements, cette édition rappelle une réalité fondamentale : dans une économie mondiale de plus en plus fondée sur la connaissance, la recherche, l’innovation et le capital humain constituent désormais des déterminants essentiels de la puissance des nations.

Selon les travaux des Nations unies et de la Banque mondiale, la bonne gouvernance repose notamment sur cinq piliers : l’État de droit, la transparence, la responsabilité, la participation et l’efficacité des institutions. Mais la gouvernance, aussi importante soit-elle, ne suffit pas. L’avenir économique d’un pays dépend également de sa capacité à produire, attirer et conserver le savoir.

L’expérience de la Chine, comme celle de la Corée du Sud, montre à cet égard l’importance de l’investissement dans la recherche et de l’intégration des diasporas scientifiques aux grands laboratoires nationaux. À l’inverse, l’exode des cerveaux constitue pour l’Afrique une perte considérable de capital humain. Chaque année, médecins, ingénieurs, universitaires et chercheurs quittent le continent, notamment en raison du chômage, de l’insuffisance des infrastructures scientifiques, des rémunérations peu attractives ou encore des déficiences de gouvernance.

C’est dans ce contexte qu’il convient d’analyser l’édition 2026 du classement de Shanghai, qui repose essentiellement sur la performance scientifique et académique. L’ARWU prend notamment en compte les prix Nobel et médailles Fields obtenus par les anciens étudiants et chercheurs, le nombre de chercheurs fortement cités, les publications dans Nature et Science, les articles indexés dans les grandes bases scientifiques internationales ainsi que la performance académique rapportée aux effectifs des établissements.

Harvard toujours au sommet

Le classement 2026 consacre une nouvelle fois Harvard University à la première place mondiale. Le haut du tableau demeure très largement dominé par les établissements américains et britanniques, tandis que l’Université Paris-Saclay confirme la présence française parmi l’élite mondiale.

Le Top 20 mondial se présente ainsi :

  1. Harvard University — États-Unis
  2. Stanford University — États-Unis
  3. Massachusetts Institute of Technology (MIT) — États-Unis
  4. University of Cambridge — Royaume-Uni
  5. University of California, Berkeley — États-Unis
  6. Princeton University — États-Unis
  7. University of Oxford — Royaume-Uni
  8. California Institute of Technology (Caltech) — États-Unis
  9. Columbia University — États-Unis
  10. University of Chicago — États-Unis
  11. Yale University — États-Unis
  12. Cornell University — États-Unis
  13. Université Paris-Saclay — France
  14. University of California, Los Angeles (UCLA) — États-Unis
  15. University of Pennsylvania — États-Unis
  16. Johns Hopkins University — États-Unis
  17. University of Washington — États-Unis
  18. University of California, San Diego — États-Unis
  19. University College London — Royaume-Uni
  20. University of California, San Francisco — États-Unis.

Cette domination traduit moins une simple compétition entre universités qu’une concentration mondiale des capacités de recherche, des financements, des talents et des infrastructures scientifiques.

L’Asie affirme sa puissance scientifique

La montée en puissance de l’Asie constitue l’une des grandes transformations de l’économie mondiale de la connaissance. La Chine, Singapour, le Japon et la Corée du Sud disposent désormais d’établissements capables de rivaliser avec les meilleures institutions occidentales.

Parmi les établissements asiatiques mis en avant figurent notamment Tsinghua University, Peking University, la National University of Singapore (NUS), l’Université de Tokyo, Nanyang Technological University (NTU), Zhejiang University, Shanghai Jiao Tong University, Fudan University, Kyoto University et la Chinese University of Hong Kong.

La France conserve pour sa part plusieurs établissements de premier plan. Paris-Saclay occupe la 13e place mondiale et demeure la première université française. Le pays compte également PSL, Sorbonne Université et Université Paris Cité parmi les 100 premiers établissements mondiaux mentionnés dans le classement.

Afrique : un décrochage qui interpelle

Le contraste avec l’Afrique reste important. Malgré un potentiel démographique considérable et une population étudiante en forte progression, le continent demeure insuffisamment représenté parmi les universités occupant les premières places mondiales.

L’Afrique du Sud et l’Égypte concentrent une grande partie des établissements africains cités. University of Cape Town, Stellenbosch University, University of the Witwatersrand, University of KwaZulu-Natal, University of Pretoria, University of Johannesburg et North-West University illustrent le poids de l’Afrique du Sud.

Du côté égyptien apparaissent notamment Cairo University, Alexandria University, Ain Shams University, Mansoura University, Zagazig University, Al-Azhar University et Assiut University. D’autres établissements du continent sont également mentionnés, notamment University of Ibadan au Nigeria, Addis Ababa University en Éthiopie et University of Ghana.

Cette faible présence constitue un signal d’alerte pour le continent. Dans la compétition économique internationale, le retard universitaire ne se limite pas au domaine académique : il affecte directement les capacités d’innovation, la productivité, l’industrialisation, la transformation numérique et, à terme, la souveraineté économique.

Monde arabe : l’Arabie saoudite en première ligne

Dans le monde arabe, plusieurs établissements réussissent à se positionner dans les différentes tranches du classement mondial. King Saud University figure dans la tranche 101-150, tandis que King Abdulaziz University et King Abdullah University of Science and Technology (KAUST) apparaissent dans la tranche 201-300.

Cairo University et King Khalid University se situent dans la tranche 401-500. Alexandria University, Mansoura University et Taif University apparaissent ensuite dans les tranches 501-700, tandis qu’Ain Shams University, Al-Azhar University, King Fahd University of Petroleum and Minerals et Zagazig University figurent dans les tranches inférieures du Top 1000 mentionnées dans le document.

Ces résultats montrent notamment l’effet des investissements importants engagés depuis plusieurs années par certains pays du Golfe dans l’enseignement supérieur, la recherche scientifique, les infrastructures universitaires et l’attraction des chercheurs internationaux.

Le savoir comme véritable matière première

Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse donc largement le nombre d’universités présentes dans un classement international. Il concerne le modèle de développement lui-même.

Le continent dispose de ressources naturelles considérables, d’une population jeune et d’importants marchés en expansion. Mais les matières premières ne suffisent plus à garantir durablement la création de valeur. Dans l’économie mondiale qui se dessine, la richesse dépendra de plus en plus de la capacité des États à former des ingénieurs, chercheurs, scientifiques, économistes et entrepreneurs, à financer la recherche et à transformer les découvertes en innovations industrielles.

Cela suppose des réformes profondes : amélioration de la gouvernance universitaire, autonomie accrue des établissements, financement compétitif de la recherche, coopération entre universités et entreprises, développement des laboratoires, meilleure rémunération des chercheurs, mobilité internationale et politiques permettant d’associer davantage les diasporas scientifiques africaines.

La question de la langue doit également être abordée sous l’angle de l’efficacité scientifique plutôt que sous celui de la polémique. La maîtrise de l’anglais, devenu une langue centrale de la production scientifique internationale, constitue un avantage indispensable. Elle ne doit cependant pas conduire à négliger les langues nationales, le français ou d’autres langues internationales. Dans un environnement multipolaire, la capacité à maîtriser plusieurs langues constitue elle-même un élément de compétitivité.

À l’horizon 2030-2040, l’Afrique dispose des atouts nécessaires pour occuper une place beaucoup plus importante dans l’économie mondiale. Mais cette ambition exige de transformer son potentiel démographique en capital humain et son capital humain en capacité d’innovation.

La principale leçon du classement de Shanghai dépasse ainsi le classement des universités : la véritable richesse d’une nation ne réside pas seulement dans son sous-sol, mais dans son savoir, ses chercheurs, ses universités et sa capacité à transformer la connaissance en développement économique et social.

 

 

Pr Abderrahmane Mebtoul

professeur des universités, expert international, docteur d’État en management stratégique.

 

 

Source : Financial Afrik  – (Le 15 août 2026)

 

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