La Mauritanie, un pays miné par la corruption sans aucun corrompu en prison

Le Rapport de l'IGE révèle de graves dysfonctionnements

Lauthentic.info Depuis plus de dix ans, aucun fonctionnaire de l’Etat, ni aucun Chef d’entreprise, ou fournisseur ou coordinateur-coordonnateur de projet, n’a été jugé, condamné en Mauritanie ou jeté en prison, sauf dans un rare cas, où tous les accusés sont ressortis blanc comme neige.

C’est le plus grand paradoxe dans un pays où ses premiers responsables ne cessent à chaque tribune, de fustiger la corruption et de déclarer son combat comme une priorité. Une rhétorique qui au fil des ans a généré un découragement au niveau national face à un fléau qui a détruit l’économie,  multiplié les taux de chômage et de pauvreté, tout en produisant une bourgeoisie comprador dont l’écrasante majorité amène ses butins hors du pays.

Le Rapport de la Cour des Comptes de 2025, est resté ainsi sans aucun effet malgré les trous constatés dans la gestion des finances publiques, quelques 400 milliards ancienne ouguiyas. Quelques boucs émissaires ont certes été arrêtés, jugés, puis déclarés innocents. Des milliards ont ainsi disparu sans qu’aucun coupable ne soit désigné.

L’Inspection Générale de l’Etat (IGE) vient à son  tour de publier son rapport 2024-2025. Voici, les excellentes remarques que le journaliste Souleymane Djigo a retrouvé d’intéressant dans ce rapport.

L’IGE a recensé 13 cas de travaux et prestations partiellement exécutés ou non conformes aux contrats. Impact financier : 636 090 237 MRU, soit plus de 6,36 milliards d’anciennes ouguiyas. L’État a donc payé, dans plusieurs cas, pour des travaux inexistants, incomplets ou ne respectant pas les normes prévues.

Dans le secteur de la santé, l’IGE a constaté : l’accumulation de médicaments périmés pendant plusieurs années; de mauvaises conditions de stockage ; l’acquisition de médicaments proches de leur péremption; la mise en circulation d’une quantité de produits consommables périmés; des défaillances dans la destruction des stocks périmés.

Mais pas que, toujours dans le secteur de la santé : des équipements payés mais non livrés; du matériel usagé réceptionné contrairement aux contrats; des équipements ne respectant pas les normes techniques; des équipements médicaux achetés mais jamais exploités; des prestations de maintenance payées mais non exécutées.

Dans le secteur de l’habitat et de l’urbanisme, l’IGE a constaté la double facturation de certains travaux lors de la réattribution de marchés précédemment résiliés.

Cela signifie que l’État a pu payer une première fois pour un travail, puis payer de nouveau lors de la reprise du marché. Il faut maintenant savoir quels marchés sont concernés, pour quels montants et au profit de quelles entreprises.

L’IGE a découvert, dans certains travaux publics, que l’entrepreneur prenait en charge la contractualisation avec les bureaux et laboratoires chargés de contrôler la qualité de ses propres travaux. C’est un conflit d’intérêts majeur. Celui qui doit être contrôlé ne peut pas choisir, engager ou rémunérer celui qui doit le contrôler.

Dans le secteur de l’éducation, l’IGE a relevé, l’utilisation d’attestations falsifiées; l’attribution de travaux à des entreprises non qualifiées; des équipements payés mais non livrés; des fournitures non conformes; des travaux non exécutés; des surfacturations; des contrats sans contrepartie.

Dans un concours de recrutement organisé pour un établissement public, des notes ont été attribuées à des candidats sans même ouvrir ni corriger leurs copies. L’IGE a également constaté le non-respect de l’anonymat des copies des notes orales contraires au barème, un bureau organisateur choisi sans transparence ni concurrence. Le concours a finalement été annulé et réorganisé.

Dans le secteur de l’élevage, l’IGE a constaté la réalisation d’infrastructures coûteuses qui ne sont pas exploitées. Le rapport relève également des équipements payés mais non livrés, des travaux incomplets, des études inutilisées et des dépenses non éligibles.

L’IGE a relevé deux cas de fonds publics déposés dans des établissements financiers en difficulté. Montant exposé : 115 980 225 MRU. Dans la protection sociale, des fonds destinés aux activités génératrices de revenus ont notamment été placés dans une institution de microfinance en difficulté, sans récupération ultérieure.

Dans un projet multisectoriel, l’IGE a découvert la suppression irrégulière d’un sous-compte qui retraçait des fonds placés auprès d’un établissement financier ensuite mis en liquidation judiciaire. Un autre compte ouvert auprès du Trésor n’avait même pas été enregistré dans la comptabilité du projet.

L’IGE elle-même manque parfois de transparence dans son rapport. Par exemple : le rapport décrit des faits extrêmement graves, mais il ne nomme presque jamais les structures concernées. On lit simplement : « un établissement public »; « un département ministériel » ; « un projet »; « un compte d’affectation spéciale

Comment demander des comptes si le citoyen ignore quelles administrations ont été épinglées ?

En résumé, L’IGE a contrôlé 32,86 milliards MRU et constaté 2,375 milliards MRU d’impact financier.

Autrement dit, les dysfonctionnements représentent environ 7% du montant total audité.

Imaginez maintenant ce que pourrait révéler un contrôle systématique de l’ensemble des administrations et établissements publics du pays. Fin de citation.

 

 

Cheikh Aïdara

 

 

 

EN COMPLEMENT

Le rapport annuel de l’Inspection générale d’État (IGE) fait état d’irrégularités ayant un impact financier supérieur à 2,37 milliards d’ouguiyas, relevées lors des missions de contrôle menées en 2024 et 2025. Les opérations d’audit ont porté sur un montant global de 32,86 milliards d’ouguiyas.

Selon le rapport, la commande publique concentre 60 % de l’impact financier des irrégularités constatées. Elle est suivie par les manquements liés au recouvrement des recettes et créances (13 %), aux obligations fiscales (8 %), ainsi qu’à la gouvernance et au contrôle interne (6 %).

L’IGE indique par ailleurs que les mesures préventives prises au cours de la période examinée ont eu un impact financier de près de 1,29 milliard d’ouguiyas, dont 603,76 millions au titre de la rationalisation des dépenses publiques et 694,69 millions correspondant à des dépenses suspendues car jugées injustifiées.

Les montants récupérés ou en cours de recouvrement atteignent 524,48 millions d’ouguiyas. Sur ce total, 45,65 millions ont été versés au Trésor public, tandis que 141,64 millions ont été récupérés en nature et 139,77 millions par retenue sur des sommes dues. Quelque 197,41 millions restent en cours de récupération.

Sur le plan judiciaire, des dossiers représentant un impact financier de 1,21 milliard d’ouguiyas ont été transmis aux autorités compétentes. Deux ont été adressés à la Cour des comptes et deux autres au parquet.

Le rapport fait également état de mesures administratives et disciplinaires, notamment la révocation de 20 fonctionnaires, ainsi que des mutations d’office et 11 avertissements.

Au total, l’IGE a engagé 35 missions de contrôle, dont 28 ont été achevées. Ces opérations ont concerné plusieurs secteurs, notamment les transports, les télécommunications, les mines, l’énergie, l’éducation, la santé, la pêche, l’eau et l’assainissement.

Enfin, l’Inspection indique avoir formulé 771 recommandations pour remédier aux dysfonctionnements constatés. Sur 348 mesures correctives programmées, 231 ont déjà été mises en œuvre

 

 

Source : Lauthentic.info (Mauritanie) – Le 15 août 2026

 

 

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