Le Rapport Annuel (2025) de la Haute Autorité de la Presse et de l’Audiovisuel (HAPA) est désormais public. Il est disponible sur le site hapa.mr et contient des données très intéressantes, dont celles relatives à la place des langues nationales et la représentativité dans les médias audiovisuels.
Après une lecture studieuse du rapport (en arabe uniquement), on apprend plusieurs choses. Déjà, le volume horaire consacré à la diffusion de contenus en langues nationales dans notre paysage audiovisuel est SEULEMENT de 446 heures et 6 minutes, soit 17,50% du temps de diffusion total de contenus dans ces mêmes médias.
Dans ce maigre volume, la Radio Nationale et la Télévision de Mauritanie se taillent une part de lion.
Du côté des médias privés, seuls deux font amende honorable. Il s’agit d’Al Mourabitoun TV et Sahel TV. La demie dizaine restante de médias privés ZAPPENT COMPLÈTEMENT les langues nationales. Ils ont pourtant signé un cahier des charges et bénéficient des millions du fonds d’appui à la presse. Il faudra peut-être secouer le cocotier pour que ça bouge un peu.
Le rapport met aussi l’accent sur la qualité du contenu. A ce niveau, on note que la grande majorité de ce qui est diffusé en langues nationales est consacrée aux bulletins d’information.
Malheureusement, il ressort de cette analyse que les bulletins ne sont que de pâles résumés du journal en arabe, SANS reportages (de terrain) et parfois, un doublage approximatif.
Par ailleurs, un déséquilibre flagrant dans le traitement de l’information est visible à des kilomètres. Le temps d’antenne est essentiellement consacré aux activités de la présidence, du gouvernement et de la majorité présidentielle. On parle de 98%. Rien que ça !
Le temps d’antenne globale des langues nationales est réparti comme suit :
– Pulaar: 184h 15m 24s (41,30%);
– Wolof: 144h 36m 27s (32,42 %);
– Soninké :117h 14m 43s (26,28 %)
À Radio Mauritanie, les langues nationales représentent 21,75 % du temps d’antenne total tandis que la Télévision de Mauritanie affiche 19,39 % sur la même période.
Tête dure !
Plus de 15 ans après la promulgation de la loi de 2010 sur la libéralisation du paysage audiovisuel, la Hapa constate avec amertume (j’imagine) que les institutions publiques n’ont toujours pas signé leurs « cahiers des charges » ni leurs « contrats de programmes ».
Visiblement, pour la télé et la radio, appliquer cette loi, c’est trop compliqué. Comme quoi, des fois, le problème ce n’est pas l’absence de lois. Le défi, c’est aussi faire en sorte que les hommes qu’il faut soient à la place qu’il faut afin d’appliquer la loi dans toute sa rigueur (texte et esprit). Eywa, quid des sanctions ?
Le cadre juridique régissant le pluralisme et la place des langues nationales dans le contenu diffusé dans les médias est pourtant clair. La loi n° 2010/045, modifiée par la loi n° 2024/018 IMPOSE le respect du pluralisme culturel et linguistique.
La Hapa a formulé plusieurs recommandations, notamment le fait que médias publics doivent améliorer l’équilibre dans la distribution du temps d’antenne et développer des bulletins d’information plus complets.
Les médias privés eux, bons derniers de la classe, mis à part les 2 élèves qui peuvent mieux faire, sont sommés d’intégrer des programmes et bulletins réguliers en langues nationales (Pulaar, Soninké, Wolof) conformément à leurs cahiers des charges.
Ce rapport de Hapa, est un outil intéressant pour ceux qui souhaitent œuvrer à l’amélioration de la présence des langues nationales dans nos médias. En plus du temps d’antenne, le défis de la qualité et de la diversité sera à relever.
Amadou SY
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