
Le Calame – Par une directive, le président de la République, Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, bouscule quelque peu les habitudes de l’élite mauritanienne. Comme l’été dernier, il invite fermement les ministres, secrétaires généraux et hauts fonctionnaires de l’État à rompre avec la tradition des séjours estivaux dorés à l’étranger — que ce soit à Paris, Casablanca, Las Palmas, Istambul ou Tunis — pour passer leurs vacances annuelles à l’intérieur de la Mauritanie, auprès des leurs.
Loin d’être une simple consigne administrative, cette décision revêt une triple dimension : elle constitue un retour aux sources indispensable pour les serviteurs de l’État, un levier d’accélération pour l’économie locale, et une arme efficace pour freiner l’évasion des devises. Pour l’État, l’objectif est clair : stopper l’hémorragie des devises fortes et, surtout, provoquer un choc de consommation capable de propulser le tourisme intérieur au rang de pilier économique. Ce choix stratégique navigue ainsi entre ressourcement patriotique et dynamisation territoriale.
Le retour aux racines
Pour un haut responsable, s’éloigner de la frénésie de la capitale et des dossiers ministériels est une nécessité biologique et intellectuelle. Cependant, se ressourcer ne nécessite pas de traverser les océans. La Mauritanie offre une diversité de paysages et un calme absolu, propices à la réflexion et à la détente. En effet, passer du temps dans les régions d’origine ou découvrir d’autres wilayas permet de renouer avec les valeurs de solidarité, d’hospitalité et de simplicité propres à la société mauritanienne. Des plateaux de l’Adrar aux oasis du Tagant, en passant par les rives du fleuve Sénégal, les plages de Nouadhibou ou les espaces vierges du Banc d’Arguin, le pays regorge d’espaces de dépaysement total. En partageant le quotidien des populations rurales, les décideurs sortent des bulles institutionnelles. Ce bain de réalité nourrit leur empathie et leur compréhension des défis locaux, rendant l’action publique future plus humaine, ciblée, proche et au service du peuple.
Un moteur de croissance pour les économies locales
Historiquement boudé par les classes aisées au profit de destinations internationales, le territoire mauritanien vit une véritable reconversion. En orientant de force le pouvoir d’achat de la haute administration vers les wilayas, la présidence offre une vitrine inespérée aux opérateurs touristiques nationaux et insuffle une dynamique inédite à des secteurs-clés : hôtellerie, artisanat et commerce, guide de transport…Les hôtels, les auberges locales et les campements touristiques pourraient connaître une hausse immédiate de leur taux d’occupation, affichant souvent complet. Cette clientèle exigeante pousse de fait les établissements à élever leurs standards de service et sécurise les emplois locaux. Les hauts responsables et leurs proches deviennent aussi des consommateurs directs de produits du terroir (dattes, couscous local, artisanat en cuir, tissus traditionnels.). Les coopératives de femmes et les marchés régionaux enregistreront ainsi des hausses de leur chiffre d’affaires. Quant aux agences locales, les guides touristiques et les chauffeurs de l’intérieur, ils profiteront d’une demande logistique générant un effet multiplicateur de richesse. Les premiers bilans publiés par le gouvernement confirment l’efficacité de la stratégie : des milliers de réservations à l’étranger ont été annulées, redirigeant des flux financiers massifs vers ces structures locales.
Booster les infrastructures régionales
Au-delà du gain commercial immédiat, la présence estivale des décideurs à l’intérieur du pays agit comme un puissant audit de terrain. Ils se rendront compte de l’état d’exécution des programmes de développement du gouvernement. En partageant la vie des territoires, les hauts responsables font directement face aux réalités locales : l’état du réseau routier, l’accès à l’eau et à l’électricité, ainsi que les carences des structures d’accueil, lots quotidiens de certaines populations de l’intérieur. Cet « examen de conscience » forcé pousse l’appareil d’État à accélérer les investissements dans le désenclavement et l’aménagement des sites touristiques. Pour retenir cette clientèle VIP sur le long terme, les infrastructures régionales n’ont d’autre choix que de se moderniser rapidement.
Arrêter la saignée des devises
Sur le plan macroéconomique, la décision présidentielle s’attaque à une fuite invisible, mais lourde de conséquences pour les finances publiques : la consommation de devises étrangères à des fins de loisirs. Certes, il demeure difficile de chiffrer globalement le coût total des vacances des Mauritaniens à l’étranger. Néanmoins, l’analyse des allocations de devises et des habitudes de voyage de la classe moyenne supérieure et des hauts responsables dévoile l’impact financier de cet exode estival. Pour un cadre moyen, un haut fonctionnaire ou un homme d’affaires mauritanien voyageant vers des destinations courantes (Maroc, Tunisie, Turquie, France, Espagne), un séjour moyen de 2 à 3 semaines représente une facture particulièrement salée par personne. À en croire les chiffres avancés dans la presse dite « spécialisée », les billets d’avion, les frais de séjour coûtent cher au pays.
Dalay Lam
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Encadré
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Vers un patriotisme économique et citoyen
Billets d’avion : Entre 400 € et 1 200 € (environ 17 000 à 52 000 MRU) selon la destination et la période. Frais de séjour : des montants significatifs engloutis dans l’hébergement, la nourriture et les transports locaux à l’étranger.
Face à ce constat, la stratégie de rétention prend tout son sens : la préservation des réserves de change : Garder ces capitaux en Mauritanie soulage directement la Banque Centrale, en évitant la fuite massive de milliers de dollars ou d’euros ; le renforcement de la monnaie nationale : en dépensant en ouguiyas (MRU), au lieu d’acheter des devises sur le marché, l’élite participe activement à la stabilité et à la valorisation de la monnaie nationale ; l’exemplarité de l’élite : Il est économiquement sain que l’argent public finançant les salaires et indemnités de ces dirigeants soit réinjecté dans le circuit économique mauritanien, plutôt que d’alimenter le produit intérieur brut de pays tiers.

En initiant lui-même ses congés à l’intérieur du pays – il a passé son temps de repos dans son fief de Boumdeïd en Assaba –, le chef de l’État montre la voie et réhabilite la fierté du patrimoine local. Le premier bilan, déjà jugé très encourageant, illustre une baisse notable des réservations à l’étranger et témoigne d’une prise de conscience citoyenne grandissante. Sur le plan de la cohésion nationale, cette initiative brise définitivement la fracture symbolique entre Nouakchott et la Mauritanie profonde. L’appel du Président pose les jalons d’un nouveau contrat social et économique où le patriotisme ne se décrète plus depuis les bureaux climatisés de la capitale, mais se vit sous les tentes et dans les vallées du pays.
En demandant à son élite de consommer « mauritanien » pendant ses vacances, l’exécutif transforme le temps de repos en un acte de développement territorial. Cette stratégie au long cours invite chaque citoyen à (re)découvrir les richesses de sa patrie, prouvant que la Mauritanie est capable de valoriser son potentiel tout en protégeant son économie. Les vacances cessent d’être une simple futilité pour devenir un acte citoyen fort au service du développement et de l’unité.
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