Chronique – Nouakchott : le chargement de trop, ou la banalisation du danger

Certaines images en disent plus qu’un long rapport. Celle-ci, prise dans un quartier populaire de Nouakchott, montre une réalité que les habitants constatent chaque jour sans vraiment s’en étonner.

Une vieille voiture croule sous une pile de sacs de légumes. Le coffre est ouvert, le toit est presque invisible sous une charge énorme. Des caisses débordent à l’arrière. Le véhicule avance lentement, comme si chaque mètre était une question de chance plutôt que de mécanique. Ce n’est pas une scène rare, mais bien une scène devenue banale.

Cependant, derrière cette normalité apparente se cachent des risques énormes.

D’abord, le premier risque pèse sur le chauffeur. À chaque manœuvre brusque ou freinage d’urgence, l’équilibre fragile de ce chargement peut se briser. Une perte de contrôle, un pneu qui éclate ou une suspension qui lâche suffisent à transformer ce véhicule en projectile inarrêtable.

Ensuite, les dangers menacent aussi les passagers éventuels. Dans un véhicule aussi lourdement chargé, la carrosserie n’offre presque plus de protection. De plus, chaque mouvement de la cargaison peut entraîner un déséquilibre mortel.

Mais les victimes potentielles ne se limitent pas aux occupants. Les motocyclistes, les cyclistes, les piétons et les automobilistes qui circulent derrière ou à côté de cette voiture risquent de voir tomber une caisse, un sac ou une partie de la cargaison sur la route. Un simple obstacle sur la chaussée à vitesse normale peut causer un accident en série avec des conséquences tragiques.

Cette photo montre aussi une autre réalité : celle de l’économie de survie. Beaucoup de petits commerçants transportent leurs marchandises avec les moyens du bord, faute de véhicules adaptés ou de solutions logistiques accessibles. On peut comprendre leurs contraintes financières, sans pour autant accepter qu’elles justifient une telle exposition au danger.

Mais au-delà du conducteur, une question se pose : où sont les autorités ?

Comment un véhicule manifestement en surcharge peut-il circuler en ville sans être contrôlé ? Où sont les contrôles routiers, les campagnes de sensibilisation et l’application des règles de sécurité ?
Le silence devient alors une forme de responsabilité. Quand une pratique dangereuse s’installe dans le quotidien urbain au point de devenir normale, ce n’est plus seulement le conducteur qui prend des risques ; c’est tout un système qui tolère l’inacceptable.

C’est pourquoi l’État doit intervenir avant les drames. La prévention doit rester la première mission des pouvoirs publics. Des contrôles réguliers des véhicules utilitaires, des sanctions justes et des solutions adaptées pour les petits transporteurs permettraient de concilier activité économique et sécurité routière.

En résumé, cette image ne cible personne en particulier : elle interpelle tout le monde. Elle rappelle qu’un accident n’est pas seulement le fruit du hasard, mais souvent le résultat d’une longue série de négligences, de renoncements et d’indifférences.

À Nouakchott, il est temps que les routes ne soient plus des espaces où l’on s’en remet à la chance. La sécurité routière ne devrait jamais dépendre du hasard, mais du respect des règles et de la responsabilité collective.

 

Ahmed Ould Bettar

 

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