Mauritanie : la réforme sans démilitarisation est une illusion démocratique

Au lendemain de l’examen des deux projets de loi relatifs au statut des corps de l’Armée nationale, les observateurs reviennent sur le sens et la portée de cette réforme qui fait de l’armée comme arbitre de l’alternance en Mauritanie.

En effet depuis 1978, l’armée n’a pas seulement “intervenu” dans la vie politique, elle l’a confisquée en renversant des présidents et en installant d’autres. C’est ainsi qu’elle a façonné les règles du jeu et verrouillé les institutions comme en témoigne l’élection de Ould Ghazouani en 2019. Cette alternance sous vernis démocratique est toujours négociée voire filtrée par le prédécesseur et surtout sécurisée par les centres militaires. Ce nouveau statut de l’armée protège les intérêts des officiers, pas la démocratie. Les mêmes clans, les mêmes réseaux, les mêmes équilibres tribaux continuent de contrôler les postes stratégiques. Le paradoxe mauritanien c’est que l’armée est indispensable mais non contrôlée. Absente du débat public, elle gouverne sans apparaître et segmentée par des loyautés tribales et régionales. Depuis plus de trois décennies, les élections officialisent un choix déjà stabilisé par l’armée. Cette réforme apparaît comme un écran de fumée sans démilitarisation de l’armée. C’est une illusion démocratique depuis 1991.

 

 

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

 

 

(Reçu à Kassataya.com le 25 juin 2026)

 

 

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