Courrier international – Au moment de la Coupe du monde 2022, Samih Totah vivait avec ses six enfants dans le quartier de Zeitoun, dans la ville de Gaza. À l’époque, regarder un match de football était “un moment de convivialité”. Il y avait encore “de la place pour la vie”, même si l’enclave palestinienne était déjà sous blocus, explique-t-il dans un reportage du média panarabe Al-Jazeera.
Aujourd’hui, lui et sa famille vivent sous une tente près du stade de Yarmouk, à Gaza, déplacés par la guerre qui a ravagé l’enclave palestinienne. C’est dans ces conditions qu’il essaie tant bien que mal de suivre la Coupe du monde 2026. “La vie sous une tente est extrêmement difficile”, explique-t-il. Alors, “parfois, je regarde un match, juste pour me détendre et oublier, même un petit moment, les souffrances que nous endurons”.
À Gaza, les matchs de la Coupe du monde “offrent une échappatoire”, mais on les regarde sans “joie” ni “enthousiasme”.
Pénurie d’électricité
Déjà, pouvoir regarder une rencontre relève du défi, tant les conditions de vie en ont fait “un luxe inaccessible”, écrit le quotidien palestinien Al-Quds.
Principal obstacle, la pénurie d’électricité. Les générateurs privés, qui fournissent aujourd’hui l’enclave en courant, sont souvent éteints dès la tombée de la nuit, “empêchant la plupart des habitants de regarder les matchs du soir”. De plus, la connexion Internet reste très instable. Alors les passionnés de foot doivent se contenter des petits résumés du lendemain des matchs.
Sans compter tous ceux qui sont “épuisés” à la fin de leur journée, souvent passée à tenter de se procurer de l’eau et de la nourriture, et qui tombent de sommeil avant les matchs.
Au vu de ces conditions, des “cafés improvisés” ont été montés de toutes pièces, “construits avec des toiles de tente et des bâches en plastique”, où jeunes et moins jeunes “se rassemblent autour de grands écrans alimentés par des générateurs” au fonctionnement rationalisé et où “résonnent cris de joie et applaudissements”. D’autres se rassemblent dans les rues ou devant un ordinateur.
“Des instants de joie au milieu des décombres”, comme l’écrit Al-Quds. Car à la fin des matchs, dont certains se terminent aux aurores, les spectateurs “regagnent leurs tentes par des chemins accidentés, endommagés par les missiles israéliens”, en marchant “dans le silence de la nuit seulement troublé par le vrombissement des avions”, en “se préparant à une nouvelle journée de lutte pour se procurer le strict nécessaire à leur survie”.
Terre de foot meurtrie
La guerre a profondément modifié l’identité des équipes soutenues, explique le journal. Aux côtés des pays arabes, ce sont désormais les sélections des pays “qui défendent les droits des Palestiniens et s’abstiennent de soutenir celles qui soutiennent” Israël.
C’est pour cela que “les supporteurs de Gaza se sont tournés vers l’Espagne” pour cette Coupe du monde, raconte Al-Jazeera dans un autre article.
Avant le début de la compétition, une “simulation de la Coupe du monde” a été organisée dans l’enclave palestinienne dans le but de “mettre en lumière les souffrances de la population vivant au milieu d’une guerre permanente et de conditions humanitaires extrêmement difficiles”, écrit le site gazaoui Felesteen.
Dans le cadre de cet événement, des fresques murales ont été dévoilées, dont une à l’effigie de Lamine Yamal, la star de l’équipe d’Espagne, et une à celle de l’entraîneur espagnol Pep Guardiola, qui ont pris fortement position en faveur de la Palestine, rapporte le quotidien palestinien Al-Ayyam.
La guerre à Gaza a coûté la vie à des centaines de licenciés de la fédération palestinienne de football, dont l’ancien international Suleiman Al-Obeid, surnommé le “Pelé palestinien”.
Les stades, eux, “sont devenus d’immenses camps de déplacés, portant le même nom. Des centaines de familles y vivent, et la verdure a fait place à un désert de sable où se dressent des dizaines de tentes, témoignant de l’horreur qui a transformé la joie en souffrance en quelques mois de guerre”, écrit un Gazaoui au média panarabe As-Safir Al-Arabi.
Source : Courrier international (France)
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