J’entends ces derniers temps des propos laissant penser que ceux qui se battent pour l’officialisation de nos langues nationales seraient responsables de l’arabisation à outrance de notre système éducatif, et du sort fait à la langue française. il n’y a pas plus injuste que cette assertion!
C’est oublier, ou le feindre en tous les cas, que la logique première du système qui discrimine nos langues se serait de toutes façons attaquée au français pour les mêmes raisons : l’exclusion des citoyens négro-africains.
Et d’une certaine façon, il avait d’ailleurs commencé à le faire avant même que la promotion de nos langues ne soit un sujet politique.
Quand en 1966 les élèves noirs se révoltent au prix de morts, ce n’était point pour l’officialisation de nos langues, mais pour la menace qui pesait déjà sur le français.
Quand ils déclenchent une grève suivie d’une année blanche en 1979 suite à la circulaire 02, ce n’était pas pour réclamer l’officialisation de nos langues, mais pour lutter contre l’arabisation qu’ils voyaient déjà pointer et l’exclusion de fait du français.
Donc, prétendre que c’est la lutte pour l’officialisation de nos langues, tout aussi légitime qu’utile d’ailleurs, qui aurait favorisé l’arabisation à outrance, c’est manquer de profondeur historique ou faire preuve d’un peu de lâcheté dans l’analyse.
Est-il si difficile que cela, de reconnaitre que nous sommes sous le joug d’un système qui nous discrimine parce que nous sommes noirs, et à certains égards non hassanophones ? Et que quoi qu’il arrive ce système aurait balayé sur son passage tout ce qui pouvait faire obstacle à l’arabisation totale : les langues nationales comme le français.
Est-il si difficile de reconnaitre que nous sommes en train simplement de payer la facture de notre manque de courage et de constance dans cette lutte contre un système qui, lui, ne s’est jamais trompé d’analyse ? Il veut blanchir et arabiser et il le fait sans complexe. Et il est aidé en cela, consciemment et inconsciemment, par ceux qui préfèrent trouver la faute chez la victime plutôt que de l’aider à trouver les moyens de sa libération.
En tous cas le mérite de ceux qui réclament l’officialisation de nos langues, c’est d’assumer une position courageuse que personne n’est obligé de partager. Mais on ne peut leur reprocher de se tromper de cible ou de se défausser sur d’autres. Eux ont toujours pointé l’Etat quand il a été question de nommer clairement les choses.
Bocar Oumar BA
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