– Quel qu’il soit, un artiste qui joue au Stade de France se doit de soigner son entrée. Après la descente en rappel du rappeur Jul en avril 2025, l’arrivée en Rolls Royce de son collègue Ninho quelques jours plus tard, puis celle de DJ Snake tout droit sorti du RER B, Aya Nakamura a choisi l’hélicoptère, vendredi 29 mai.
Dans l’enceinte sportive, les 70 000 personnes réunies pour le premier concert d’une série de trois donnés par la chanteuse jusqu’au dimanche 31 mai ont cru dur comme fer à un atterrissage comme Johnny Hallyday en septembre 2000. A 20 h 40, un plan aérien de Paris est affiché sur le fond de la scène, dévoilant la tour Eiffel, le quartier de La Défense… Les cheveux blonds et le visage d’Aya Nakamura apparaissent progressivement à l’intérieur du cockpit et, dans un zoom arrière rapide, on voit l’hélicoptère filer vers le Stade de France.
Le public retient son souffle, puis voit apparaître très vite dans le ciel ce même hélicoptère sur lequel est écrit « Aya ». Il fait deux passages très applaudis puis l’écran le montre en train d’atterrir. La chanteuse en descend et marche, tel un chef d’Etat, au milieu d’une haie de danseurs portant un uniforme de fanfare militaire. Magie du montage, on enchaîne de cette scène, tournée avant le concert, aux coulisses du Stade de France d’où la chanteuse sort, dans la même tenue, short et bottes blanches, avant de monter sur scène sur la chanson 40 %. L’autrice de Djadja et de Pookie vient de réussir son entrée et les deux heures cinquante minutes que va durer son concert.
Mis à part une sonorisation brouillonne qui ne permet pas de comprendre tout ce qu’elle dit et chante, le spectacle est total. Le public, surtout des jeunes femmes très apprêtées, chante à tue-tête toutes les paroles de ses chansons. La chanteuse le remarque dès sa première prise de parole avant le titre Jolie Nana : « Vous êtes trop beaux, surtout toutes belles. Vous m’avez manqué. »
Règlements de comptes
Depuis ses deux derniers concerts à l’Accor Arena de Paris, en mai 2023, depuis sa prestation remarquable et remarquée aux côtés de la Garde républicaine lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques (JO), en juillet 2024, la trentenaire n’avait pas donné de concert. Sur la scène placée dans un virage, ses musiciens sur chaque extrémité du plateau enchaînent avec brio 34 morceaux, de Comportement à No Stress, extrait du dernier album, Destinée.
Très vite, après Sucette, la chanteuse règle ses comptes avec certains médias et diffuse sur scène des coupures de presse qui reprennent quelques-uns des titres scandaleux : « Hautaine et vulgaire » ou « Aya, symbole de notre décadence culturelle ». Enfin, elle diffuse la photo du groupe identitaire Les Natifs qui avait réagi à sa participation aux célébrations des JO en brandissant une banderole « Y a pas moyen Aya, ici c’est Paris, pas le marché de Bamako ». Depuis, dix des membres ont été condamnés pour injures racistes. Sur l’écran de la scène, la banderole est incendiée par deux lance-flammes : seul moment politique du concert pour la chanteuse.
La première invitée est la jeune Cap-Verdienne Ronisia, pour Haut Niveau, suivi de son collègue Jango Jack pour Pompom. Puis vient un des plus jolis moments du concert avec son aînée, Oumou Sangaré, 58 ans, originaire du pays de ses parents, le Mali. Sa voix cristalline vient à bout de l’acoustique du stade. Pour l’accueillir, Aya Nakamura a revêtu une robe traditionnelle en satin blanc et s’est placée sous la tribune présidentielle. Le spectacle reprend de plus belle avec jusqu’à une quarantaine de danseurs sur scène.
A l’aise, Aya Nakamura esquisse quelques pas de danse mais, comme elle le dit dans un des morceaux, « je ne suis pas Beyoncé ». Sur l’écran, un minicourt-métrage emmène le public dans l’excitation des coulisses : stress des habilleurs et des régisseuses puis l’artiste face à son miroir, calme et concentrée. Elle se souvient de ses années passées entre ses débuts, les défilés pour Vogue, les JO, les cérémonies des Flammes et là voilà de retour sur scène, habillée de noir.
Il y a peu de temps morts dans ce concert qui bientôt voit monter sur scène le Belge Hamza pour Dale x Love Therapy, puis SDM, son collègue jury de « Nouvelle Ecole », télé-crochet diffusé sur Netflix et, enfin, Triangle des Bermudes, avec qui elle interprète Balek et leur tube Charger qui retourne le Stade de France, avant de termine par un feu d’artifice, avec Fly. Aya Nakamura est la nouvelle reine du stade.
En concert les 30 et 31 mai, au Stade de France, Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)
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