Courrier international – “Macron le rejeté se toune vers le Kenya en espérant reprendre pied en Afrique”. À défaut d’être tendre, le titre du média sud-africain IOL résume le regard porté par une partie de la presse étrangère sur le sommet Afrique-France qui s’ouvre lundi 11 mai à Nairobi, la capitale kényane.
Premier du genre organisé dans un pays non francophone, le sommet “Africa Forward” incarne la volonté du président français, exprimée depuis 2017, de rompre avec le passé colonial de la France en se rapprochant des pays d’Afrique anglophone pour y nouer des partenariats “d’égal à égal”.
Une volonté devenue nécessité alors que la popularité de la France est “en berne” en Afrique de l’Ouest, souligne avec euphémisme le quotidien The East African, qui rappelle que le Niger, le Tchad, le Mali, le Burkina Faso et le Sénégal ont tous mis fin à la coopération militaire avec la France ces dernières années.
“Pour la France, le sommet de Nairobi est l’occasion de matérialiser un pivot stratégique vers les économies anglophones, de l’Éthiopie à l’Afrique du Sud en passant par le Nigeria, dont le poids démographique et économique pèse désormais davantage que celui des anciennes colonies”, résume l’agence francophone Afric Telegraph.
Faire profil bas
Un rapprochement dans lequel Nairobi trouve son compte. Depuis son arrivée au pouvoir en 2022, le président kényan William Ruto n’a cessé d’œuvrer pour faire rayonner son pays sur la scène continentale. Pour le Kenya, le sommet constitue une “démonstration de force”, estime le quotidien kényan Daily Nation.
Pour la France, l’exercice est plus délicat. “En perte de vitesse en Afrique francophone, sa zone d’influence historique, Paris tentera […] de faire profil bas au moment où sa position n’a jamais été aussi malmenée”, résume Financial Afrik, journal d’informations financières panafricain.
Au cœur du sommet où sont annoncés une trentaine de chefs d’État, mais aussi quelque 2 000 chefs d’entreprise, la France a voulu placer des problématiques chères à de nombreux pays africains, comme la réforme des institutions internationales, la question de la soutenabilité de la dette ou du financement de la transition climatique.
Au Kenya, en Afrique du Sud ou encore en Éthiopie, les équipes diplomatiques françaises ont ainsi pris soin de marteler un message d’apaisement. En Afrique du Sud, le média News24 met en avant les discussions annoncées sur la réforme de l’accès au capital, une problématique que la France espère ensuite porter au sommet du G7, prévu en juin.
En Éthiopie, le site de l’hebdomadaire The Reporter insiste sur la question des restitutions des biens culturels pillés pendant la colonisation. “Chaque fois que des autorités africaines nous en ont fait la demande […] nous avons mis en place des mécanismes permettant la restitution des artefacts”, souligne l’ambassadeur à Addis-Abeba, Alexis Lamek, auprès du média.
Scepticisme généralisé
En dépit de ces efforts, note The East African, “certains critiques continuent de blâmer l’impact durable de la France dans le chaos sécuritaire au Sahel et dans d’autres régions où elle a laissé une empreinte coloniale”. Le média rappelle également que la France s’est récemment vue accuser de tentative de déstabilisation à Madagascar – des accusations rejetées par la France.
Faisant écho à la propagande russe, des voix l’accusent aussi de soutenir les groupes djihadistes qui multiplient les attaques au Mali. “La France a passé près d’une décennie à combattre des groupes terroristes au Mali, y a perdu 58 hommes et femmes et a consacré d’importantes ressources au soutien du gouvernement malien avant de se retirer à la demande de Bamako”, a tenu à rappeler, en réponse, l’ambassade de France en Afrique du Sud.
Mais en dépit de la bonne volonté affichée par Paris, certains médias se montrent sceptiques. “Expulsée du Sahel : que cherche la France au Kenya ?”, interroge, suspicieux, le site de la télévision publique turque, TRT World, très lié au pouvoir. “Le Kenya ne partage pas d’histoire coloniale avec la France, mais son partenariat avec Paris pousse à se demander s’il a bien retenu la leçon sur la manière dont la France traite ses anciennes colonies”, poursuit le site.
Pour Afric Telegraph à l’inverse, “le déplacement du sommet à Nairobi acte une mutation profonde”. “Reste à savoir si ce dernier sommet du mandat Macron parviendra à dessiner un cadre durable, susceptible d’être repris par son successeur, ou s’il restera comme l’ultime tentative d’un quinquennat marqué par les revers africains”, conclut le média.
Source : Courrier international (France)
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