
Seneplus – Dans un entretien accordé à Telesud, l’auteur de L’Afrique contre la démocratie, Mythes et Périls (éditions Rivneuve) développe une thèse iconoclaste : l’une des grandes impostures de l’époque consiste à prétendre que la démocratie a échoué en Afrique, alors qu’elle n’y a tout simplement jamais été tentée.
Dans un entretien accordé à Telesud, l’auteur de L’Afrique contre la démocratie, Mythes et Périls (éditions Rivneuve) développe une thèse iconoclaste : l’une des grandes impostures de l’époque consiste à prétendre que la démocratie a échoué en Afrique, alors qu’elle n’y a tout simplement jamais été tentée.
Pour Ndiaye, ce qui a existé depuis les indépendances relève davantage de « tentatives d’instrumentalisation de la démocratie » que de véritables processus démocratiques. « Ce qu’il y a eu, ce sont des continuités du parti unique et des régimes claniques et dictatoriaux », explique-t-il. Une imposture d’autant plus grave qu’elle sert aujourd’hui de justification aux juntes militaires du Sahel qui brandissent l’argument du prétendu échec démocratique pour légitimer leurs coups d’État.
Le diagnostic de Ndiaye s’appuie sur une analyse historique sans concession. En 1960, les États africains ont hérité non pas du modèle français ou britannique, mais de « l’État colonial », un État d’exception dont l’objectif était de maintenir la domination, pas de fabriquer des citoyens. « Quand vous étiez citoyen à Dakar ou à Bamako, vous alliez au tribunal. Le tribunal n’avait pas vocation à rendre la justice mais à garantir l’ordre colonial », rappelle-t-il.
Cette structure fondamentalement antidémocratique n’a jamais été réformée après les indépendances. « Nous héritons d’un État qui est conçu pour être antidémocratique et que nous ne réformons pas ou pas suffisamment », constate le journaliste. À cela s’ajoute, dès les années 1960-70, une vision « totalement développementaliste » qui a relégué la démocratie au second plan, privilégiant les partis uniques au nom du développement économique.
Pour Ndiaye, l’Afrique a réussi ce qu’il appelle « la démocratie par le haut » – les institutions, les commissions électorales, les textes – mais a raté « la démocratie par le bas », celle des contrepouvoirs et de l’éducation citoyenne. « Comment voulez-vous, dans un pays où 70% de la population ne savent pas lire la constitution, comment voulez-vous faire démocratie ? Comment voulez-vous qu’ils adhèrent à ces textes-là ? » interroge-t-il.
Cette carence éducative ne serait pas accidentelle. L’auteur soupçonne même « une politique de l’ignorance » délibérément entretenue par les gouvernants depuis 1960. « La politique de l’ignorance garantit ces formes de démocrature ou ce que j’appelle de fiction démocratique, où c’est plus facile de s’accaparer du scrutin quand les gens ne savent pas lire ou ne savent pas voter », affirme-t-il sans détour.
Face aux juntes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger qui s’octroient désormais des mandats de cinq ans renouvelables après avoir promis des élections, Ndiaye se montre sans illusion. « Une armée qui échoue dans sa mission première – défendre le territoire national – ne peut pas réussir une mission plus grande, économique », tranche-t-il, avant de conclure sur une note pessimiste : « On va vers un échec retentissant de ces aventuriers. »
Source : Seneplus
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