Jeune Afrique – C’était une audience très attendue. Kemi Seba, arrêté mi-avril en Afrique du Sud alors qu’il s’apprêtait à quitter clandestinement le pays, comparaissait ce 29 avril pour la deuxième fois devant un tribunal sud-africain. Après une première audience le 20 avril, la seconde a été l’occasion de préciser les accusations, le procureur ayant pris connaissance des rapports de police concernant les accusés, Kemi Seba, son fils et l’activiste sud-africain François van der Merwe.
Le tribunal, appelé à se prononcer sur une demande de liberté sous caution, a décidé d’un report de sa décision au 11 mai prochain. Par conséquent, l’influenceur panafricaniste reste en détention provisoire. Recherché par le Bénin, son pays d’origine, qui l’accuse d’avoir soutenu la tentative de coup d’État de décembre 2025 contre Patrice Talon, l’activiste avait vu son visa expirer en Afrique du Sud.
Le parquet charge Kemi Seba
Ce 29 avril, le parquet a dit s’opposer à la demande de libération sous caution de Kemi Seba, en l’accusant d’avoir planifié des « attaques terroristes » en Europe. Une allégation accueillie par un éclat de rire de l’intéressé, dont le Bénin réclame l’extradition. « J’ai eu l’occasion d’en discuter avec lui et il a nié tout cela », a assuré un de ses avocats, Sinen Mnguni, aux journalistes à l’issue de l’audience.
« On assiste à une campagne visant à faire croire à quel point cet homme est dangereux », a ajouté le conseil. Les dépositions écrites des enquêteurs ont précisé les circonstances de son arrestation intervenue lors d’une opération d’infiltration l’ayant visé lui, son fils de 18 ans ainsi que le leader d’un groupe identitaire Afrikaner.
Ce dernier, François van der Merwe, avait « sollicité les services d’une société spécialisée en agents de protection rapprochée », selon une « information reçue par les enquêteurs », pour qu’ils aident ces « hommes à traverser illégalement la frontière vers le Zimbabwe ». « Une demande a été déposée afin que deux policiers sud-africains puissent agir comme infiltrés et se présenter comme les dirigeants de la société de sécurité », poursuit la déposition écrite de l’enquêteur.
Derrière Seba et Van der Merwe, l’ombre de Moscou
Au cours de l’arrestation, 318 000 rands, soit environ 16 000 euros avaient été saisis, selon un communiqué de la police. Cette somme devait en grande partie servir à payer les passeurs, d’après celui-ci. « Une demande a été adressée au Centre de renseignement financier d’Afrique du Sud afin qu’il aide à retracer les fonds que M. van der Merwe aurait reçus des Russes », a déclaré le parquet.
De son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, Kemi Seba, 45 ans, est né franco-béninois avant d’être déchu de sa nationalité française en 2024. Il possède un passeport diplomatique nigérien, octroyé par la junte au pouvoir issue du coup d’État de 2023. Le Niger, voisin du Bénin, mène une virulente politique anti-occidentale et s’est rapproché de Moscou, dont Kemi Seba est aussi proche.
Son actuel avocat Sinen Mnguni a confirmé ce 29 avril que l’influenceur avait déposé une demande d’asile politique en Afrique du Sud. François van der Merwe entretient aussi des liens avec la Russie. Il s’est rendu à Moscou en septembre 2024 pour rencontrer une organisation liée à l’oligarque ultranationaliste Konstantin Malofeïev, sous sanctions occidentales.
(Avec AFP)
Source : Jeune Afrique (France)
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