Onde Info – La justice que les hommes piétinent pour protéger un ami, un parent, un membre de la famille ou quelqu’un de puissant, d’influent, reste pourtant l’une des choses les plus sacrées en islam, et même dans d’autres religions.
À chaque fois que la justice est bafouée, monnayée, peu importe les circonstances, c’est une atteinte grave à la foi. C’est pourquoi le Tout-Puissant Créateur nous a réservé, de manière infaillible, le Jugement dernier ou Jour de la résurrection. La justice est dès lors sacrée, soit une émanation de Dieu. Elle est à l’image de Dieu et doit être juste et impartiale. Cela m’amène à parler du viol et meurtre de Fatimata Hamady Ba à Nouakchott.
Aux premières heures de la découverte macabre de son corps, la consternation, doublée d’un sentiment de révolte et de justice, était palpable chez les Mauritaniens dans leur ensemble. Les réseaux sociaux sont de véritables baromètres de cette posture quasi- unanime sur les viols suivis d’assassinat de jeunes femmes à Nouakchott : justice, justice. Le laxisme des autorités aux plans sécuritaire et judiciaire a été pointé du doigt. Cependant, dès que l’identité du présumé assassin et violeur a été découverte sur les réseaux sociaux, la fracture est apparue.
Le racisme, ce grand mal de notre pays qu’on ne veut pas nommer, comme son cousin l’esclavage qu’on a toujours ignoré pour ensuite voter de manière paradoxale des lois contre une pratique dont on niait l’existence, s’est invité conditionnant désormais le positionnement de beaucoup d’entre nous. L’indignation générale face à l’infamie s’est fracturée. Le racisme, ce cancer de notre unité nationale était en dormance, juste parce que la République était sous le choc d’un assassinat et d’un viol dont l’auteur présumé n’avait pas encore de visage.
La publication de la photo a tout changé dans la cohésion d’un peuple face à la barbarie.Tout de suite, les éléments de langage ont commencé à changer. On ne parle plus de tolérance zéro, de criminalité urbaine en recrudescence, de fermeté de la justice. On ne condamne plus.Brusquement, changement de vitesse et on prend un virage à cent degrés. La confusion s’installe. L’incohérence aussi. L’incompréhension. Changement de narratif sur fond d’une autre stratégie : fabriquer un mensonge cousu de fil blanc pour présenter la victime comme une femme de mauvaises mœurs, qui avait des relations normales avec son présumé meurtrier et violeur.
C’est là le summum de l’indignité, soit une manière de cautionner, de minimiser la mort tragique d’une compatriote pour préparer « une bouée de sauvetage judiciaire » à son meurtrier, privilégié peut-être par la couleur de sa peau, de sa tribu, etc. Une manière également de faire retomber la colère du peuple en noyant cet assassinat crapuleux dans une affaire de mœurs qui aurait mal tourné. Ainsi on ajoute un drame au drame.
Une angoisse de plus. La famille de la victime pleure la mort tragique de leur fille. Elle est également déchirée par le déshonneur occasionné par le mensonge de certaines personnes présentant leur fille comme une femme vénale.Tout cela a pour but de permettre au juge de requalifier l’assassinat.
Dans cette logique , on ne retiendra plus les qualifications : enlèvement, séquestration. Tel est le scénario envisagé. Attendez-vous à une sentence plutôt clémente.
Seyre SIDIBÉ
Source : Onde Info (Mauritanie)
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