Dernier « allié fidèle » de la France au Sahel, le président mauritanien veut renforcer sa coopération militaire avec Paris

Accueilli mercredi 15 avril par Emmanuel Macron dans le cadre d’une visite d’Etat de trois jours, Mohamed Ould Ghazouani vante la « stabilité relative » de la Mauritanie dans une région fragile. « Le Monde » l’a rencontré, jeudi 16 avril.

Le Monde – Il aura fallu attendre « plus de trente ans », selon Emmanuel Macron, pour qu’un président mauritanien vienne en France dans le cadre d’une visite d’Etat. « Votre présence ici est un signal d’amitié, de confiance, de lucidité aussi, dans un monde qui change, a déclaré le chef de l’Etat français à l’attention de son homologue, Mohamed Ould Ghazouani, mercredi 15 avril à l’Elysée. Nos responsabilités communes sont plus grandes que jamais (…). La Mauritanie est un partenaire-clé de la France. »

Emmanuel Macron peut soigner son hôte. Depuis la rupture diplomatique avec les juntes souverainistes au Burkina Faso, au Mali et au Niger, et des relations avec le Tchad qui se sont distendues, la Mauritanie se présente aujourd’hui comme le dernier allié de la France au Sahel. « J’ai une relation personnelle de qualité avec le président Macron, a confié Mohamed Ould Ghazouani, jeudi, lors d’une discussion avec plusieurs journalistes, à laquelle Le Monde a participé. Cette visite en France montre que la relation entre nos deux pays est profonde et constante. Nos intérêts convergent. »

Vaste pays quasi désertique de plus de 5 millions d’habitants, la Mauritanie n’a pas connu d’attaques terroristes sur son sol depuis 2011. Cette « stabilité relative dans un environnement pourtant très fragile », selon le président mauritanien, s’oppose à l’expansion des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaida et au groupe Etat islamique au Mali, au Burkina Faso et au Niger, trois pays regroupés au sein de l’Alliance des Etats du Sahel, proche de Moscou.

La Mauritanie n’a jamais abrité de bases militaires françaises sur son sol. « Il n’y a pas de soldats français à nos côtés, mais nous avons besoin de renforcer la coopération avec la France en matière de formation militaire, explique Mohamed Ould Ghazouani. La Mauritanie doit rester un allié fidèle de Paris, car les risques de voir la situation se détériorer sont bien réels. »

« Graves violations des droits humains »

Le pays partage une frontière, souvent poreuse, de plus de 2 200 kilomètres avec le Mali. Au cours des dernières semaines, des incidents se sont multipliés, provoquant des tensions entre les deux Etats. En mars, l’armée malienne a ainsi affirmé que deux de ses militaires « détenus par des groupes armés terroristes [avaient] réussi à s’exfiltrer d’un camp de réfugiés en Mauritanie », laquelle est souvent accusée par Bamako de servir de base arrière pour les groupes djihadistes, mais également pour les indépendantistes touareg du Front de libération de l’Azawad. Quelques jours plus tard, des éleveurs de bétail mauritaniens ont été retrouvés morts de l’autre côté de l’immense frontière, au tracé parfois imprécis.

« La coordination avec le Mali n’est pas au niveau souhaité [depuis l’arrivée au pouvoir de la junte, en 2020], mais ce pays reste, au même titre que le Sénégal, un pays frère, avec lequel nous sommes liés, a assuré Mohamed Ould Ghazouani. Nous accueillons aujourd’hui 300 000 réfugiés maliens. Il pourrait y en avoir encore plus demain si la situation sécuritaire s’aggravait et si les impacts économiques de la guerre en Iran venaient à fragiliser encore un peu plus des populations déjà très éprouvées. »

Au cours de sa visite d’Etat de trois jours, le président mauritanien, réélu en juillet 2024 pour un second mandat, a notamment effectué un déplacement à Brest sur le thème de la protection maritime (opérations militaires au large des côtes africaines, surpêche…) et des questions migratoires – le pays est situé sur l’une des principales routes empruntées par les migrants de l’Afrique vers l’Europe.

Dans un rapport publié en août 2025, l’ONG Human Rights Watch avait accusé les autorités mauritaniennes d’avoir commis de « graves violations des droits humains » à l’encontre de migrants et de demandeurs d’asile entre 2020 et le début de 2025. En visite à Nouakchott en septembre 2025, Gehad Madi, le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme des migrants, avait exhorté les autorités à « mieux aligner les pratiques dans le pays sur les normes internationales en matière de droits humains ».

Source : Le Monde

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