
SenePlus – La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies fracture les nations africaines. De Dakar à Bujumbura en passant par Abuja, les positions sont contrastées. Certains États affichent un appui sans faille, d’autres expriment un rejet catégorique, et une troisième frange hésite, balbutiant dans une position indécise. Cet imbroglio diplomatique ébranle les convictions et met à mal l’image de l’unité africaine. Pendant ce temps, l’ambition de l’ancien président sénégalais continue de gagner du terrain.
Depuis la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) jusqu’à l’Union africaine (UA), en passant par les querelles entre les « minimalistes », qui défendaient une coopération progressive entre États indépendants (Sénégal, Côte d’Ivoire, Éthiopie), et les « maximalistes », qui prônaient une unité politique immédiate et forte pour le continent (Ghana, Guinée, Mali), l’Afrique semble parfois douter de son unité, voire laisser passer de nouvelles chances après les expériences de Kofi Annan ou de Boutros Boutros‐Ghali. Le Sénégal, quant à lui, réaffirme sa diplomatie après les pas‐ sages remarqués d’Amadou Makhtar Mbow à l’UNESCO, de Jacques Diouf à la FAO, de Kéba Mbaye, vice‐président de la Cour internationale de justice (organe judiciaire principal de l’ONU), ou encore de Fatoumata Samoura à la FIFA, entre autres.
La candidature de l’ancien président de la République du Sénégal, Macky Sall, a été présentée le 2 mars dernier par le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine pour 2026. Cette candidature intervient à quelques mois de l’élection pour succéder au Portugais António Guterres, dont le mandat prendra fin le 31 décembre 2026. La stratégie confère une dimension supranationale à cette candidature, transformant Macky Sall en candidat de l’Afrique plutôt qu’en simple représentant d’un État. Un symbole d’unité ?
Pourtant, ce choix n’a pas été approuvé par Dakar. Malgré la saisine de Macky Sall sollicitant l’appui du président Bassirou Diomaye Faye, ce dernier n’a pas donné son aval, révélant une fracture diplomatique majeure au sein du continent. Dans une note verbale adressée depuis Addis‐Abeba à la Commission de l’Union africaine, la diplomatie sénégalaise a été sans ambiguïté : « Le gouvernement du Sénégal n’a, à aucun stade, endossé cette candidature et n’a pas été associé à l’initiative y afférente, telle qu’entreprise par le gouvernement du Burundi », lit‐on dans la note.
Des accusations nullement sanctionnées
Le Sénégal, son propre pays, n’est pas d’accord pour appuyer sa candidature, en raison de son passé durant son mandat, où environ 80 morts ont été enregistrés, et des accusations portées contre son régime « dette cachée… », jusqu’à présent non sanctionnées. Pour certains, le choix de la diplomatie sénégalaise est une question d’équité, d’intégrité et de respect de l’honneur des présumées victimes. Dès lors, faut‐il pardonner, oublier le passé et se tourner vers la réconciliation pour soutenir un candidat capable d’élever encore l’Afrique à la plus haute institution mondiale ? Ou faut‐il faire une introspection sur son régime, rendre justice et rectifier le tir ?
Pourtant, le président de la République et son Premier ministre prônent toujours le panafricanisme, les États‐Unis d’Afrique, l’Union africaine. La décision finale est comme le cycle de l’eau, donnant l’impression d’une patate chaude pour les autorités sénégalaises.
Malheureusement, la tentative de le positionner comme candidat unique du continent subit un revers. Contestée par une dizaine d’États membres et désavouée par le Sénégal lui‐même, cette initiative, impulsée par Évariste Ndayishimiye, révèle de pro‐ fondes divisions diplomatiques africaines. Une fracture majeure qui interroge : quand le continent saisira‐t‐il cette nouvelle opportunité de placer un homme d’État à ce poste ?
L’Afrique, qui ambitionnait de s’unir pour obtenir ce poste hautement stratégique qu’elle n’a occupé qu’à deux reprises, devra faire face à une compétition internationale intense. Des candidatures de poids se profilent, comme celles de l’Argentin Rafael Grossi, de l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet ou encore de la Costaricienne Rebeca Grynspan.
Après l’Égyptien Boutros‐Ghali (1992‐ 1996) et le Ghanéen Kofi Annan (1997‐ 2006), quel meilleur profil que Macky Sall l’Afrique pourrait‐elle proposer à la tête de l’ONU ? L’élection de Macky Sall pour‐ rait offrir à l’Afrique un levier direct sur les mécanismes de financement du développement et des opérations de paix. En s’interrogeant sur ses réalisations pour l’Afrique durant son mandat à la tête du Sénégal (2012‐2024), il ne faut pas oublier qu’en tant que président de l’Union africaine, il a porté un plaidoyer déjà éprouvé.
Doit‐on contester l’efficacité de sa diplomatie de soft power, notamment lors de la guerre russo‐ukrainienne, où il a su défendre la voix de l’Afrique ? Doit‐on nier son engagement constant pour le dialogue, la stabilité et le multilatéralisme ?
Un profil qui séduit
A‐t‐on oublié qu’il a favorisé la création du Prix Macky Sall pour le dialogue en Afrique, qui récompense les meilleurs médiateurs du continent ? Mama Ngina Kenyatta (2019), lauréate pour son rôle dans l’apaisement des tensions au Kenya, en est un exemple éloquent
A‐t‐on oublié son rôle clé dans la résolution de la crise politique en Gambie en 2016, face au régime de Yahya Jammeh ? C’est grâce à son action déterminée que le Conseil de sécurité de l’ONU et la CEDEAO ont été saisis, forçant une attention internationale qui a abouti à une transition pacifique du pouvoir.
A‐t‐on oublié que pendant la pandémie de Covid‐19, il a porté la voix économique de l’Afrique, réclamant des mesures fortes comme l’annulation de la dette ?
A‐t‐on oublié qu’il a plaidé avec succès pour l’entrée de l’Afrique au G20 ? Et au‐ delà, il n’a cessé d’exiger des réformes profondes du Conseil de sécurité de l’ONU, du FMI et de la Banque mondiale pour corriger les déséquilibres historiques. Son élection offrirait à l’Afrique un levier direct sur les mécanismes de financement du développement et des opérations de paix.
« L’ennemi de l’Afrique, c’est l’Afrique. » Ce slogan n’est‐il pas en train de se confirmer ? En écoutant Me Aïssata Tall Sall, ancienne ministre de la Justice et garde des Sceaux du Sénégal, on apprend que la candidature de Macky Sall a été actée et recevable. Elle a été déposée de‐ puis le 2 mars dernier aux Nations unies, par Madame Collins, porte‐parole de la présidence de l’Assemblée générale de l’ONU, qui a même confirmé la réception à travers une déclaration publique. Cela laisse entendre que désormais, même sans le soutien du Sénégal, l’ancien président peut encore espérer le fauteuil d’António Guterres. Plus loin, cette figure alliée de Macky Sall avait révélé, il y a de cela quelques semaines, que sur les 55 États de l’Union africaine, 37 pays ont approuvé la candidature, 13 ont émis une objection et 5 ont demandé un délai supplémentaire pour se prononcer. Ce qui montre que le continent n’est pas unanime pour soutenir son fils. Mais un nouveau renfort diplomatique a rejoint le camp de Macky Sall ces derniers jours, à savoir le Rwanda, l’Éthiopie, la Tanzanie et l’Ouganda. Cela n’est‐il pas avantageux pour le supposé candidat de l’Afrique ?
Macky en tête des sondages
Il n’en demeure pas moins que le sondage réalisé par le cabinet britannique Holding Price Limited, spécialisé dans les analyses électorales et géopolitiques, place l’ancien président sénégalais Macky Sall en tête des candidats pressentis pour diriger l’Organisation des Nations unies (ONU). Sur 800 décideurs, diplomates et experts en relations internationales interrogés à travers le monde, selon l’enquête, Macky Sall arrive en tête, recueillant 38,6 % des intentions de vote, distançant nettement ses principaux concurrents : l’ex‐présidente chilienne Michelle Bachelet (24,2 %), le directeur général de l’AIEA Rafael Grossi (21,7 %) et la secrétaire générale de la CNUCED Rebeca Grynspan (15,5 %).
Et si ce sondage se confirmait dans les résultats finaux ? Et si Macky Sall triomphait ? Qui pourrait blâmer les pays africains qui ont décidé de dire non ou de s’abstenir de soutenir leur fils ?
Pourtant, c’est la première fois dans l’histoire que l’Union africaine doit se réunir pour approuver ou non la candidature d’un de ses fils. Boutros‐Ghali a été présenté par l’Égypte, mais soutenu en 1991 par l’Organisation de l’unité africaine (OUA), et finalement désigné par l’ONU. Et Kofi Annan, sur la base du système des Nations unies dont il était membre. Pourquoi l’Afrique ne parvient‐ elle pas à se rassembler autour d’un candidat ?
Ce continent qui regroupe environ 40 % des ressources naturelles mondiales et continue de vivre jusqu’à dans des conditions extrêmement graves ?
Dans un continent constitué en majorité de pays en voie de développement, traversé depuis les années 1960 par des dizaines de coups d’État, de guerres ci‐ viles, de conflits interétatiques, de corruption, de pauvreté extrême et de famine, la meilleure solution pour sortir de ces crises ne saurait être qu’une voix unanime. En tout état de cause, cette situation ne cesse de fragiliser le poids de l’Afrique. Ce qui laisse entendre que la voix de l’Afrique existe, mais elle ne pèse pas.
Source : SenePlus (Sénégal)
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