« Le président des Etats-Unis est un fou » : l’escalade verbale de Donald Trump alimente les interrogations sur sa santé mentale

Des élus du Congrès, sidérés par le langage ordurier et génocidaire employé par le locataire de la Maison Blanche, commencent à évoquer le 25ᵉ amendement de la Constitution, qui permet de déclarer un chef d’Etat inapte et de confier ses pouvoirs au vice-président.

Le Monde   – Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a employé un langage génocidaire à l’encontre de l’Iran, mardi 7 avril, avant de finalement reporter de deux semaines son ultimatum. « Une civilisation entière mourra ce soir, écrivait-il sur son réseau Truth Social, pour ne plus jamais renaître. » Tandis que les commentateurs spéculaient, comme à chaque menace du magnat, sur ses supposés calculs de négociateur et son sens de l’hyperbole, une réalité s’imposait. Frustré par la résistance du régime iranien, qu’il imaginait tomber au lieu de dérégler l’économie mondiale, Donald Trump renonce à toute retenue oratoire. Plus de surmoi ni de gravité présidentielle. « Ouvrez le putain de détroit [d’Ormuz], bande de bâtards cinglés, ou vous allez vivre en enfer », menaçait-il le 5 avril.

Lundi, lors d’une conférence de presse très suivie à la Maison Blanche, un journaliste osa poser une question délicate : « Quelle est votre réponse aux critiques qui disent que c’est votre santé mentale qui devrait être, peut-être, examinée, alors que la guerre continue ? » Donald Trump ne se démonta guère. « Je n’ai pas entendu ça, mais si c’est le cas, il va falloir qu’il y ait plus de personnes comme moi, parce que notre pays était abusé en matière de commerce, sur tout, depuis de nombreuses années, jusqu’à ce que j’arrive. » Le milliardaire faisait mine d’ignorer les interrogations sur son équilibre psychologique.

Son ancienne alliée Marjorie Taylor Greene, qui a démissionné en janvier de la Chambre des représentants, a résumé ces interrogations de façon brutale, sur X, mardi matin. « Le 25e amendement !!! Pas la moindre bombe n’a été tirée contre l’Amérique. Nous ne pouvons pas tuer une civilisation entière. C’est maléfique et de la folie. »

« Le président des Etats-Unis est un fou », abondait Jim McGovern, représentant démocrate du Massachusetts. Le sénateur démocrate Chris Murphy (Connecticut), dès dimanche, utilisait une sémantique semblable. « Si j’étais un membre du cabinet Trump, je passerais Pâques à appeler des juristes constitutionnels au sujet du 25e amendement. C’est complètement, totalement délirant. Il a déjà tué des milliers de personnes. Il va en tuer des milliers d’autres. »

Propos fracassants

Le 25e amendement réapparaît dans la conversation politique aux Etats-Unis, alors que les commentateurs s’interrogent sur les limites fixées à l’exécutif. Ajouté à la Constitution en 1967, il est censé organiser la continuité du pouvoir, si le président ou le vice-président se trouve dans l’incapacité d’exercer ses fonctions. Une majorité du cabinet peut invoquer une section de cet amendement pour déclarer le président inapte et confier ses prérogatives au vice-président. Le président peut renverser la décision, mais le premier vote peut être confirmé par le cabinet lui-même. Par une majorité des deux tiers à la Chambre et au Sénat, le Congrès a le dernier mot et peut rendre la destitution définitive.

En raison du profil du cabinet et de la polarisation extrême au Congrès, il est impossible d’envisager une telle entreprise. Les démocrates se focalisent plutôt sur l’absence de consultation parlementaire avant de lancer la guerre en Iran. Ayant déjà échoué dans deux procédures de destitution contre Donald Trump, ils savent que celui-ci s’est toujours nourri de l’idée d’un complot politique visant à l’écarter. Mais, avec ses derniers propos fracassants, le président franchit une nouvelle limite. Ancien juriste devenu commentateur dans le New York Times, David French écrivait mardi sur X qu’il s’agissait d’une « rhétorique complètement folle » relevant « de façon claire du périmètre du 25e amendement, mais les gens sont trop désensibilisés pour le voir ».

Le 26 mars, Donald Trump réunissait une nouvelle fois son cabinet devant les caméras. Interrogé sur une éventuelle opération commando pour récupérer le stock d’uranium iranien hautement enrichi, probablement enfoui dans les montagnes d’Ispahan, Donald Trump avait répondu : « Je ne peux pas dire ce que nous allons faire, parce que si je le faisais, je ne resterais pas assis ici très longtemps. Ils feraient probablement – comment ça s’appelle déjà, le 25e amendement ? Ils appliqueraient le 25e amendement, ce qu’ils n’ont pas fait avec Joe Biden, ce qui est choquant. » Les rires fusaient pendant son propos.

Jamais tenu à des exigences de cohérence

La question de l’équilibre mental de Donald Trump est à la fois légitime et impossible à résoudre sans une évaluation professionnelle indépendante. Si l’affaiblissement des capacités cognitives et physiques de son prédécesseur, Joe Biden, était évident aux yeux de tous, malgré la bulle que ses conseillers avaient créée autour de lui, le cas du milliardaire est différent. Depuis son entrée en politique en 2015, il n’a jamais été tenu à des exigences de cohérence.

Il n’a jamais brillé par sa capacité à tenir une argumentation, à construire des phrases sophistiquées et logiques. L’art oratoire de Donald Trump – outre son instinct politique redoutable – a toujours été tissé de provocations, d’anecdotes exagérées, d’esprit d’escalier. Le président a lui-même surnommé cet art « the weave » (« le tissage »). En continuant à échanger de façon quasi quotidienne avec les journalistes, Donald Trump montre qu’il est son propre chef, totalement autonome.

Cela renvoie à une autre distinction par rapport à l’ère Biden. Celui-ci était entouré de conseillers civils et militaires de haut rang, d’une expérience incontestable. Dans l’intimité des délibérations à la Maison Blanche, ils pouvaient exprimer des avis divergents, comme ce fut le cas au moment du retrait précipité d’Afghanistan, à l’été 2021. Donald Trump, lui, a fondé ce mandat sur l’idée qu’il se suffisait à lui-même. Le seul critère déterminant dans ses recrutements est la loyauté absolue, à l’image de Pete Hegseth au Pentagone, ou bien de Kash Patel à la tête de la police fédérale (FBI), qui lui doivent tout, au vu de leurs faibles compétences. Qui donc aujourd’hui, dans un appareil d’Etat défaillant et dépeuplé, est capable de contredire, voire de critiquer les intuitions de Donald Trump ?

 

 

 

Source : Le Monde

 

 

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