Éditorial : la langue française, notre butin de guerre à nous, Africains

Financial Afrik – Kateb Yacine avait trouvé la juste formule : la langue française est notre butin de guerre. Un héritage né de la violence de l’histoire, certes, mais devenu, qu’on le veuille ou non, un pilier de notre réalité culturelle et intellectuelle. Feindre aujourd’hui de l’ignorer relève moins d’un sursaut identitaire que d’une posture.

Nos deux écrivains francophones, Gaston Kelman et Mbarek Beyrouk, rencontrés à Nouakchott, en témoignent chacun à leur manière : la francophonie n’est ni un bloc ni une nostalgie coloniale, mais un espace vivant, traversé de tensions, d’appropriations et de réinventions.

Car enfin, si l’on suit Amin Maalouf, pour qui l’identité est une matière vivante, composite et évolutive, alors il faut avoir le courage de regarder les choses en face : la langue de Molière fait désormais partie de nous. La rejeter au nom du seul passé colonial, tout en conservant intactes les frontières issues du Congrès de Berlin, relève d’un tri sélectif pour le moins commode.

Au-delà des slogans et des postures politiques, une évidence s’impose en ce 20 mars : le français n’est pas seulement un héritage, c’est aussi un levier. Un levier économique, un marché linguistique de près de 400 millions de locuteurs, dont une part croissante en Afrique. Et pourtant, paradoxe africain oblige, cette langue que nous partageons reste sous-exploitée, fragilisée par des systèmes éducatifs défaillants et des infrastructures numériques insuffisantes.

Quatrième langue mondiale, troisième langue des affaires selon l’OIF, le français n’est pas en déclin : il est en recomposition. Et cette recomposition se joue d’abord en Afrique. À condition de cesser de le subir pour enfin se l’approprier pleinement.

C’est d’ailleurs ce que symbolise, non sans ironie, Louise Mushikiwabo, à la tête de l’OIF : une Rwandaise issue d’un pays qui a réduit la place du français tout en refusant de s’en couper totalement. Le pragmatisme, là encore, l’emporte sur les postures.

L’avenir n’est ni au rejet ni à la domination d’une langue sur une autre. Il est dans la cohabitation lucide entre le français et nos quelque 2 500 langues africaines, ces réservoirs de sens et de mémoire que nous continuons, paradoxalement, à marginaliser dans nos propres systèmes éducatifs.

Le vrai débat n’est donc pas linguistique. Il est politique, économique et stratégique.

Le français de 2050 ne sera ni parisien ni académique. Il sera africain — pluriel, métissé, parfois irrévérencieux. Et surtout, il sera ce que nous déciderons d’en faire : un simple vestige… ou un véritable instrument de puissance.

 

 

 

Directeur de publication de Financial Afrik

 

 

 

Source : Financial Afrik

 

 

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

 

Les opinions exprimées dans cette rubrique n’engagent que leurs auteurs. Elles ne reflètent en aucune manière la position de www.kassataya.com

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page