– Donald Trump a laissé apparaître sa frustration, lundi 16 mars, face au peu d’entrain manifesté par les alliés des Etats-Unis à se joindre, comme il les y invitait, à une opération visant à rétablir la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz. Ce passage stratégique est devenu l’un des points de crispation de la guerre déclenchée le 28 février avec Israël contre l’Iran, qui a la capacité d’y bloquer totalement le trafic maritime.
Après avoir ouvert les hostilités sans la moindre concertation avec ses alliés, le locataire de la Maison Blanche a fait de cette participation un test de loyauté. « Je le fais non pas parce que nous en avons besoin, mais parce que je veux voir comment ils réagissent », a-t-il dit comme pour écarter tout signe de faiblesse, avant de juger que la réaction de la France n’a pas été « parfaite ». « Mais c’est la France, on ne s’attend pas à la perfection », a-t-il raillé.
« Depuis quarante ans, nous vous protégeons et vous ne voulez pas vous impliquer dans quelque chose de très mineur », a regretté Donald Trump, qui a bâti une partie de sa carrière sur le thème de partenaires qui abuseraient de la bienveillance des Etats-Unis. Il a assuré que certains pays avaient fait part de leur disponibilité, mais sans vouloir dire lesquels.
Ce changement de ton, amorcé le 14 mars, est notable. Une semaine plus tôt, le président américain avait déclaré à l’intention du premier ministre britannique, Keir Starmer, que ce dernier ne devait pas se donner la peine d’envoyer des forces navales dans la région. « Nous n’en avons plus besoin », avait-il affirmé. « Nous n’avons pas besoin de gens qui se joignent à des guerres une fois que nous les avons déjà gagnées ! », avait-il ajouté.
Le 15 mars, cette frustration de Donald Trump a pris pour cible les journalistes présents à bord d’Air Force One, sur le trajet de retour d’un nouveau week-end passé dans son club de luxe de Mar-a-Lago, en Floride. Le président a agoni plusieurs médias, accusés de répandre volontairement de fausses nouvelles à propos de la guerre en cours, refusant en outre de répondre à certaines questions.
Capacité de nuisance de l’Iran
Une fois de retour à la Maison Blanche, cette ire s’est abattue sur la Cour suprême, moins d’un mois après la publication, le 20 février, d’un arrêt annulant une bonne partie des droits de douane imposés par Donald Trump au cours de la première année de son second mandat. La plus haute instance judiciaire du pays a été qualifiée « d’organisation politique instrumentalisée et injuste » dans un long message publié sur son réseau Truth Social.
« Ils nuisent à notre pays, et continueront de le faire », a-t-il ajouté. Un juge fédéral qui a mis fin, le 13 mars, à la procédure judiciaire voulue par Donald Trump visant le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a été également attaqué avec la même virulence.
La guerre contre l’Iran continue pourtant d’être à l’avantage des Etats-Unis et d’Israël sur le plan militaire, ce qui n’est pas une surprise compte tenu d’une asymétrie qui profite aux forces des deux pays. « Jamais auparavant une armée moderne et performante, comme celle dont disposait l’Iran, n’avait été détruite aussi rapidement et rendue inapte au combat », s’est félicité, au cours d’une conférence de presse, le secrétaire américain à la défense, Pete Hegseth, le 13 mars, en insistant sur la baisse drastique des tirs de missiles et de drones iraniens enregistrée au cours des jours précédents.
Mais la capacité de nuisance du régime toujours en place à Téhéran reste non négligeable. La principale concerne le détroit d’Ormuz par lequel transite 20 % de la production mondiale de pétrole, en l’absence d’autres routes alternatives immédiatement utilisables. La publication par la chaîne CNN d’une information faisant état d’un manque d’anticipation de Donald Trump concernant une éventuelle fermeture de ce goulet en représailles à l’attaque américano-israélienne a déclenché une riposte virulente de Pete Hegseth au cours de la même conférence de presse.
Soucieux de son apparence au point d’avoir banni la présence de photographes après la publication d’images jugées « peu flatteuses » par son entourage, selon la presse américaine, l’ancien animateur de la chaîne conservatrice Fox News a exprimé publiquement le souhait d’une reprise en main éditoriale de CNN. « Plus tôt David Ellison prendra le contrôle de ce réseau, mieux ce sera », a-t-il assuré. Propriétaire de Paramount Skydance, ce proche de Donald Trump est en passe de racheter le conglomérat de médias et de divertissements Warner Bros Discovery qui comprend la chaîne d’information.
Proclamations hâtives de victoire
Ce souhait de reprise en main a été suivi le lendemain de la menace du responsable de l’autorité fédérale de communication, Brendan Carr, de priver d’autorisation d’émettre « les diffuseurs qui diffusent des canulars et des informations déformées ». Une perspective jugée cependant peu crédible par les experts.
Cette fébrilité de l’administration américaine tient en bonne partie à l’incertitude sur la durée des hostilités, en dépit de proclamations hâtives de victoire de Donald Trump. Cette incertitude pourrait nourrir la défiance à l’égard de sa présidence, notamment si les cours du pétrole se maintiennent durablement à des niveaux élevés. Ils seraient de nature à relancer l’inflation alors que l’économie, qui fut par le passé un atout du locataire de la Maison Blanche, montre des signes de faiblesse, notamment sur le marché de l’emploi.
Donald Trump a alimenté cette incertitude le 16 mars en évoquant de possibles bombardements contre les infrastructures pétrolières de l’île de Kharg, plaque tournante des exportations iraniennes. Cette île a déjà été la cible de frappes, limitées à ses infrastructures militaires. « Je pense que nous avons fait ce qu’il fallait, mais cela pourrait changer », a-t-il assuré.
Le président des Etats-Unis a d’ailleurs pris acte, à cette occasion, de la prolongation de la guerre pour un temps encore indéterminé. Il a, en effet, indiqué qu’il demanderait le report d’une visite prévue à Pékin à la fin du mois afin de rencontrer son homologue Xi Jinping pour la première fois depuis son retour à la Maison Blanche. « Nous sommes en pleine guerre. Je pense qu’il est important que je reste ici », a-t-il assuré. La veille, il avait pourtant laissé entendre dans un entretien au Financial Times qu’il lierait cette visite à la décision de la Chine de se joindre ou non à son projet de sécuriser la navigation dans le détroit d’Ormuz.
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