Mahrang Baloch, la voix brisée du Baloutchistan

La jeune femme, qui a repris le flambeau de la lutte pour les droits humains de cette minorité opprimée au Pakistan, a été arrêtée en mars par les autorités. Son nom figure parmi les candidats au prix Nobel de la paix 2025.

M Le Mag – A 32 ans, Mahrang Baloch est l’une des militantes des droits humains les plus en vue au Pakistan. Elle a conquis le cœur et l’esprit des Baloutches en étant la figure du mouvement pacifique de défense des droits de cette minorité ethnique. A la tête du Baloch Yakjehti Committee, elle se mobilise depuis des années contre les disparitions et les exécutions extrajudiciaires au Baloutchistan, cette province située aux confins du Pakistan, de l’Iran et de l’Afghanistan.

Son engagement lui vaut de croupir dans une prison de Quetta, la capitale du Baloutchistan. Le 22 mars, elle a été arrêtée au petit matin, alors qu’elle participait à un sit-in pour demander la libération de plusieurs militants des droits humains. Les accusations qui pèsent contre elle sont sérieuses : terrorisme, sédition et meurtre. « Je savais que l’Etat s’en prendrait à moi de la sorte pour essayer de me briser, je m’y suis préparée et je tiendrai des années durant s’il le faut », a-t-elle assuré, de sa cellule, à sa sœur Nadia Baloch.

Cette chirurgienne de formation est dans le collimateur des autorités et de l’armée depuis des mois. « Au cours de l’année écoulée, elle a été accusée dans des dizaines d’affaires, nous n’avons même pas connaissance de toutes les charges qui pèsent sur elle », s’alarme Nadia Baloch. Au mois d’octobre, elle avait déjà été retenue à l’aéroport de Karachi, empêchée de quitter le territoire, alors qu’elle souhaitait se rendre à New York, où elle était invitée par le Time Magazine, qui l’a placée en 2024 sur la liste des 100 personnalités les plus prometteuses de l’année.

Des drames personnels

La tête toujours recouverte d’un foulard qui laisse entrevoir ses cheveux noirs, Mahrang Baloch a repris le flambeau « d’une lutte politique de soixante-dix-sept ans au cours desquels n’ont cessé de couler les larmes et le sang », estime Mir Mohammad Ali Talpur, un intellectuel pakistanais, soutien de la cause baloutche.

La province du Baloutchistan n’a rejoint le Pakistan qu’en 1948, soit un an après la création du pays né de la partition des Indes britanniques. Depuis toujours, nombre de Baloutches réclament plus d’autonomie, voire l’indépendance. Les autorités et l’armée sont accusées d’avoir réprimé les Baloutches, victimes de torture, d’enlèvements et d’assassinats extrajudiciaires par milliers.

Le père de Mahrang Baloch, Abdul Gaffar Langove, disparaît ainsi en 2009, elle n’est alors qu’une adolescente. Son corps sera retrouvé mutilé, deux ans plus tard. Mahrang, l’aînée de cette fratrie de six enfants (cinq filles et un garçon), prend en charge la famille. « Elle a endossé le rôle de notre père, elle est devenue notre soutien moral et matériel. Depuis son arrestation, je ne peux m’empêcher de penser au sort que notre père a subi », confie Nadia Baloch. En 2017, leur frère est enlevé à son tour. La jeune femme se mobilise jusqu’à ce qu’il soit enfin libéré, l’année suivante. Ces drames ont façonné son engagement. « Cette lutte est tout ce que j’ai. Si je parviens à ramener ne serait-ce qu’une seule personne disparue, cela m’apportera la paix et la joie », écrit-elle dans les colonnes du quotidien pakistanais Dawn, en juillet 2024.

Une résistance pacifique

Mahrang Baloch imprime réellement sa marque au mouvement en 2023, quand elle prend la tête d’une marche historique de plus de 1 000 kilomètres reliant Turbat au Baloutchistan jusqu’à Islamabad, la capitale, pour protester contre les terribles violations des droits humains dans cette région. Une manifestation pacifique qui met en pleine lumière la lutte du peuple baloutche. En dépit de la répression, les manifestants poursuivent bravement leur chemin. A leur retour au Baloutchistan, ils sont accueillis en héros. « Elle a permis un réveil inimaginable de la conscience politique, se réjouit Mir Mohammad Ali Talpur. Auparavant, les Baloutches cachaient leur visage lors des rassemblements, aujourd’hui, ils n’ont plus peur. »

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 (New Delhi, correspondance)

 

 

 

Source : M Le Mag – (Le 14 avril 2025)

 

 

 

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