Si chère liberté d’expression

Est-ce en son nom personnel ou en sa qualité de président de la République française qu’Emmanuel Macron s’est cru obligé d’évoquer encore, à la veille de la célébration du Maouloud, les caricatures du prophète Mohamed (PBL), pour magnifier la liberté d’expression ?

Choix d’autant plus douteux, au demeurant, que l’équivoque position de son locuteur met tout un pays en position délicate vis-à-vis du milliard et demi de musulmans et musulmanes diversement répartis sur notre bonne vieille Terre. Non pas, bien évidemment, que l’odieux assassinat du professeur d’histoire soit de quelque façon que ce soit justifiable. Insoutenable, une telle barbarie doit être condamnée sans détours. Mais quand on est environné d’un régiment de pompiers et autres gardes-du-corps, mettre de l’huile sur le feu, c’est facile. Quel que soit l’effet recherché – et il vaut mieux supputer en effet que le président français n’est pas une tête de linotte – c’est notablement plus pénible pour le français lambda, notamment celui expatrié en pays musulman. Certes protégé par l’État qui l’accueille, ainsi que par la quasi-totalité des musulmans qu’il côtoie, il est aux premières loges pour entendre leurs plaintes, atteints qu’ils sont en ce qu’ils considèrent, tous, des plus sacrés.

Et, sans présumer du pourcentage réel de fanatiques en notre si patiente Oumma – oui, il y en a, comme en toute assemblée idéologique… – le plus doux des musulmans dispose, lui aussi, de la même liberté d’expression si chère à l’infortuné professeur d’histoire. Et aussi celle de consommer ce qu’il veut à sa guise… et encore de conseiller autrui dans ses choix de consommation. Chère, chère liberté d’expression ! Autant de paramètres, soyons-en certains, qu’aura bien évidemment tournés, avec sa langue, au moins sept fois dans sa bouche le président des Français, avant de parler.

Mais, bon, le vin est tiré, il faut le boire. Fussent-ils résolument français, les musulmans n’en veulent pas, inutile de leur en proposer. Sera-ce aux gaulois de s’en lamper jusqu’à la lie, faute de débouchés commerciaux ? Bah, une bonne cuite, après un tel désastre, ça ne coûtera, au pire, qu’une sacrée gueule de bois ! Hé, Macron, une tournée générale au bistrot, c’était ça, l’effet recherché ? Histoire sans doute de diluer ceux plus pervers et politiques d’une conduite si liberticide de lutte contre le Covid 19…au risque de faire encore plus, de l’immense majorité des musulmans, notamment français, qui n’a strictement à voir avec le fanatisme barbare, des boucs émissaires ?

Ahmed Ould Cheikh

 

 

 

Source : Le Calame (Le 27 octobre 2020)

 

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