Mauritanie : le ministre de l’intérieur utilise les vieilles recettes des régimes autoritaires

Le ministre de l’intérieur menace les auteurs de publication sur les réseaux sociaux qui portent atteinte à l’unité nationale au cours de sa conférence de presse cette semaine à Nouakchott. Ould Merzoug affirme sa ferme volonté d’appliquer la loi.

Cette conférence de presse du ministre de l’intérieur était attendu par les observateurs après la polémique sur les réseaux sociaux suite au discours du président de l’IRA à Genève qui pointait du doigt l’apartheid en Mauritanie à l’occasion de la remise de son prix du courage.

 

Le site Mauritanie-com a même réalisé des micro trottoirs dans la capitale dont les propos confirment les affirmations du leader Haratin. Son directeur serait toujours entre les mains de la direction de la sûreté nationale. La sortie médiatique de Ould Merzoug s’inscrit donc dans une démarche de communication d’intimidation en utilisant les vieilles recettes des régimes autoritaires. La menace contre les auteurs de publication sur les réseaux sociaux est révélatrice d’un régime qui réagit dès que sa survie est en jeu en s’attaquant à la liberté d’expression. La comparaison au système mauritanien à un apartheid déguisé par les combattants de la liberté et les opposants au système ne date pas d’aujourd’hui.

Il s’agit d’un racisme d’Etat à ciel ouvert dans toutes les sphères de l’administration. Cette polémique sur l’apartheid cache une autre polémique sur la laïcité dont 7 activistes accusés d’atteinte à la religion sont actuellement incarcérés à Nouakchott. Ils appartiendraient à l’Alliance pour la Refondation de l’Etat mauritanien, une association créée en France en janvier dernier.  Trois autres membres issus de la diaspora font l’objet d’un mandat d’arrêt. Une situation tendue qui serait provoquée par les activistes islamiques et conservateurs proches du gouvernement qui réaffirment l’islam comme la religion d’Etat.

Si le ministre de l’intérieur a raison de combattre mais tous les auteurs de prosélytisme ou de diffamation et tous les discours haineux sur les réseaux sociaux il n’en demeure pas moins qu’il ne s’agit pas de faire l’amalgame entre des opinions critiques et des propos racistes. Et cette intervention de Ould Merzoug est plus orientée vers une intimidation que la restauration d’un climat serein entre toutes les composantes nationales. Des observateurs sur place craignent que le président de l’IRA en fasse les frais dans les jours à venir.

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

(Reçu à Kassataya 28 février 2020)

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