Crise post-électorale Mauritanie : l’opposition appelée à une profonde mutation pour sa survie

Au lendemain de la validation par le conseil constitutionnel de l’élection de Ould Ghazouani, les 4 candidats de l’opposition s’inscrivent unanimement dans une démarche pacifique garantie par la constitution pour l’instauration de la démocratie. Cette réponse à une grave crise post-électorale est critiquée par les observateurs qui s’interrogent sur l’efficacité d’une telle stratégie qui a déjà fait ses preuves et montré toutes ses limites dans un régime militaire.

Ould Ghazouani qui rit. Ould Abeid, KHB, Ould Maouloud et Ould Boubacar qui pleurent. Une image surréaliste de la victoire du candidat du pouvoir mais qui donne un sens à la gravité de la crise post-électorale et du long chemin vers la liberté qui reste à parcourir dans un pays gouverné par les militaires depuis 78. La présidentielle de 2019 n’échappe pas à la règle. L’opposition perd encore la guerre après son effondrement dans les 3 batailles législatives municipales et régionales en septembre dernier. Une double défaite inquiétante pour les observateurs qui s’interrogent sur son avenir d’ici la fin du premier quinquennat du successeur de Ould Aziz. La première réponse de l’opposition sur sa démarche pacifique pour restaurer la démocratie suscite beaucoup d’interrogations. La première, le combat pacifique est un coup d’épée dans l’eau si ce n’est pas la volonté de tous les mauritaniens. La révolte de la jeunesse uniquement afro-mauritanienne après la publication des résultats provisoires de la CENI est significative à cet égard. Une crise ethno-raciale voulue par le pouvoir pour diviser les mauritaniens et impacté négativement sur l’action des candidats. La deuxième est relative au dialogue inscrite dans cette démarche de paix sociale. C’est un simple vœu pieux qui ne peut avoir une chance d’aboutir que si le pouvoir le veut.

 

Jusqu’ici la feinte des autorités de Nouakchott c’est d’avoir mis en place une opposition dialoguiste pour écarter toute mouvance démocratique. Les observateurs attendent de voir la stratégie du nouvel homme fort qui devra d’abord se libérer de l’emprise de son mentor et de son empire clientéliste. C’est donc dire que l’opposition est appelée dans un premier temps à faire sa mutation dans une recomposition des partis inévitable pour sa survie et également au renouvellement des hommes et des femmes. C’est sans doute la voie royale pour une nouvelle stratégie politique face à un régime autoritaire. Mais cette naïveté d’une alternance démocratique doit céder la place à une lucidité qui passe par une véritable connexion avec le peuple mauritanien dans sa diversité comme en témoigne la réussite de campagne inédite présidentielle des 4 candidats.

 

L’histoire retiendra les exemples algériens et soudanais que tôt ou tard le peuple aura raison des dictatures militaires. Et enfin dans cette perspective quelle que soit la diversité de la recomposition du paysage politique, l’opposition est appelée à l’unité et à une plateforme commune pour la restauration de la démocratie. La balle est maintenant dans le camp de tous les mauritaniens.

 

Bakala KANE

(Reçu à Kassataya le 03 juillet 2019)

 

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