Les peuples anciennement nomades accepteront t ils un jour d’accepter l’histoire ? Partout où ils vivent, ils refusent la géographie dessinée par les autres. Dé la Mauritanie au Soudan, la bande qui sépare le Sahara des deux rives du continent n’est que conflits et guerres.
Sahara, Mali, Niger, Tchad, Soudan : la vieille équation posée déjà par Ibn Khaldun ne trouve pas encore solution. La ville et le désert restent décidément inconciliables.C’est vrai que les peuples nomades, héritiers d’une grande tradition de guerres et aussi de rapines, se sont sentis volés par la colonisation, quand elle divisa leurs terres de pâturages et les essaima entre des Etats qu’il ne (re)connaissaient pas. C’est vrai qu’ils se sentirent orphelins face à des administrations dirigées par des hommes issus souvent d’ethnies ou de peuples naguère ennemis, c’est vrai qu’ayant fui l’école (qui ne pouvait éternellement suivre leurs pérégrinations) ils sont souvent orphelins de cadres et d’instruction moderne, c’est vrai aussi qu’ils furent bien les oubliés de l « ’effort de développement ».
Mais il est vrai aussi que les peuples nomades sont habités par un fort sentiment atavique qui leur fait souvent croire à leur supériorité naturelle. Il est toujours vrai que des siècles d’esclavagisme leur ont fait croire qu’ils sont destinés à toujours rester des maitres. Il est encore vrai que jamais depuis l’indépendance ils n’ont été par habités par d’autres sentiments que le tribalisme et le communautarisme.
La coupure au Mali entre Touaregs et les autres ethnies est plus forte qu’on ne le croit .C’est une blessure très vieille et qui s’est durablement infectée. Trois longues révoltes déjà en cinquante années d’histoire, chacune suivie de négociations, de promesse mal tenues.
Reste qu’aujourd’hui la proclamation d’un Etat Azawadien est un pari intenable Tous les Etats voisins (même le nôtre, seul pays du Sahara dominé par des sahariens) ont peur de ce précédent et refusent de l’accepter. La CDEAO et ce qu’on appelle (improprement) la communauté internationale se préparent à l’attaquer. Et les islamistes viennent comme toujours exacerber les haines et compliquer les conflits. Les peuples de l’Azawad devraient bien, pour une fois, accepter de rester réalistes et renoncer aux billevesées de l’indépendance, même si leur droit à l’autodétermination ne saurait être nié.
Mais il appartiendra aux Mali et aux autres Etats de la région de comprendre que les peuples et les cultures n’accepteraient jamais d’être étranglés. Ils devront accepter la différence, reconnaitre une large autonomie aux sahariens, donner place à leurs cultures, à leurs modes de vie, éviter surtout que la présence massive des autres populations sur leurs terres traditionnelles ne les oblige à choisir entre l’extinction et la révolte. Les sahariens ne veulent pas devenir des indiens d’Amérique.
Beyrouk
Source : Beyrouk.com le 09/04/2012
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