
Le Soleil – Il avait promis un spectacle d’exception pour son grand retour à l’Accor Arena de Bercy. Youssou Ndour a réussi son pari et tenu sa promesse, le samedi 17 octobre 2026, dans un show coloré et varié qui a duré plus de trois tours d’horloge, malgré une capitale française sous tension, marquée par des manifestations syndicales et des affrontements violents avec les forces de sécurité.
PARIS – Il a fallu près de trois heures d’attente et des kilomètres de file pour permettre à plus de 20.000 spectateurs, qui avaient acheté leurs billets plusieurs semaines auparavant, d’accéder à la salle de l’Accor Arena de Bercy. Youssou Ndour est finalement monté sur scène aux alentours de 22 heures. Drapé dans un magnifique Bazin noir aux motifs dorés, le leader du Super Étoile a enchaîné, durant trois heures, des morceaux rythmés, des sons, des mélodies et des harmonies tirées de son richissime répertoire, dont certains titres datent des années 1980. Pour magnifier la belle culture sénégalaise et africaine en général, la danse et l’élégance étaient aussi au rendez-vous. Inspirés et très techniques dans l’exécution de leurs chorégraphies et la mise en valeur des tenues africaines, les danseurs et danseuses ont donné une allure majestueuse et fantastique au spectacle. Un subtil défilé de mode est venu ajouter une touche supplémentaire à l’apothéose, au détour du titre « Birima ».
Ce Grand Bal 2026 fut aussi celui des belles surprises. Youssou Ndour a exprimé son respect pour les grandes figures de la musique et des arts en Afrique, tout en montrant une ouverture d’esprit exceptionnelle. Tiken Jah Fakoly, le tonitruant chanteur ivoirien, était aussi de la partie. Avec Youssou Ndour, ils ont livré un magnifique duo sur l’une des chansons fétiches de Tiken Jah Fakoly, un véritable cri du cœur pour une Afrique émancipée et pleinement libre de toute emprise occidentale.
Grand Bal panafricain
Au moment où la Cedeao, sous la présidence sénégalaise, célèbre ses cinquante ans d’existence, Youssou Ndour a saisi l’occasion de son retour à Bercy pour lancer le nouveau projet du Grand Bal, aux allures panafricaines, pour les années à venir. Alors que la Guinée, invitée d’honneur de cette année, était représentée par une forte délégation de près d’une centaine de personnes et une communauté diasporique fortement mobilisée, Youssou Ndour a annoncé de futurs Grands Bals aux couleurs de la Gambie, de la Mauritanie, du Mali, de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, entre autres. L’idée est de magnifier l’Afrique dans toute sa diversité et sa richesse culturelle, avant de finir en apothéose, certainement au Stade de France ou à Wembley, en Angleterre, avec un Grand Bal africain où toutes les cultures du continent seraient représentées. Le Grand Bal 2026 s’est déroulé dans une capitale française en pleine effervescence, prise au piège de manifestations syndicales contre la vie chère et les inégalités sociales. Pendant que les forces de sécurité et les manifestants se livraient à une confrontation inédite, le leader du Super Étoile, lui, s’enjaillait dans une salle comble de l’Accor Arena de Bercy, avec des mélomanes venus de tous les coins de l’Europe pour faire la fête et oublier, le temps d’une soirée à la sénégalaise, les difficultés et les péripéties incessantes de la vie en Occident.
Quelques jours auparavant, Céline Dion puis Stevie Wonder, avaient eux aussi fait un retour remarqué sur la scène musicale parisienne, dans cette même salle faisant vibrer l’Accor Arena de Bercy. Une fois de plus, Youssou Ndour a fait honneur à l’Afrique, faisant montre de toute sa suprématie culturelle et de son ouverture multidimensionnelle au monde des arts.
Toutefois, et c’est la fausse note de la soirée, en raison des longues files d’attente dues aux perturbations des transports à Paris, Youssou Ndour a retardé le début de son concert pour attendre que ceux qui ont payé cher leurs billets puissent entrer et profiter convenablement du début de sa performance. Il avait promis trois heures de spectacle pour compenser, mais l’administration de la salle, tenue d’arrêter tout événement à minuit, lui a mis la pression dès la moitié de son répertoire. Refusant de payer pour ce retard, il a poursuivi son show en dénonçant les menaces de coupure. Ensuite, vers 1 heure, le son a été coupé en pleine chanson. Le roi du Mbalax est resté stoïque sur scène, soutenu par un public qui refusait de quitter la salle. Après 30 minutes, le son est revenu et il a conclu par un morceau d’au revoir, tandis que ses fans dénoncent un manque de respect envers les artistes africains et reprochent à Bercy de ne pas avoir ouvert les portes plus tôt pour un concert qui affichait complet depuis des semaines.
Ousmane Noël MBAYE
Source : Le Soleil (Sénégal)
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