En 1954, Mongo Beti publiait Ville cruelle sous le pseudo Eza Boto. Le titre de ce roman, à la différence de sa problématique, reste actuel. La ville n’est peut-être pas cruelle en soi mais certains de ses «pensionnaires» le sont plus que jamais. La démesure des cités urbaines et la déshumanisation qui va avec favorisent évidemment les dérives et font le lit de l’anomie.
Prévisible pour ces bastions qui, comme le constate le sociologue, attirent davantage pour une promesse de bonheur que pour sa réalité. Prenons Nouakchott. Il y a belle lurette que la « Brasilia africaine » a cessé d’être le « gros village », puis la ville à taille humaine qu’elle fut successivement pour se muer en « concrete jungle ». Problème, la gouvernance n’a jamais suivi ni en termes d’organisation ou d’ajustements ni en termes de moyens. Du moins, pas suffisamment. Résultats : au propre comme au figuré, les fossés se creusent. En réaction, les puissants se barricadent autour « d’îlots de similarité ». Les autres subissent la loi de traîne savates, junkies et autres zonards. Tout peut arriver à qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment.
Des multiples forfaits, il faudra vraisemblablement isoler les crimes sexuels et leur archétype, le viol dont on dit qu’il est un « crime de propriété » et dont on sait qu’il relève de plusieurs registres. Le viol est assurément un crime mais, à une certaine échelle, plus que les autres crimes, il est souvent contextuel et, à certains égards, devient « culturel ». Les notions de culture de la misogynie, de violence de genre et de l’impunité sont peut-être simplistes et commodes mais elles rendent comptent au moins partiellement d’une certaine réalité et expliquent dans le même temps l’inertie réputée imputable à un déficit de volonté politique et d’engagement public.
Tijane BAL pour Kassataya.com
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