
SenePlus – EXCLUSIF SENEPLUS – Dans le sillage de L’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, l’autrice interroge les paradoxes de l’émigration, du retour et de la complexe réconciliation entre deux civilisations
Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire.
Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
C’est à une belle saison africaine que nous convie Fatoumata Fathy Sidibé. La réussite de ce roman tient à son architecture simple ou l’équilibre entre une belle poésie de la terre africaine et de sa culture et un réalisme, teinté de romantisme, consacré à l’exil, au retour et à ses questionnements complexes. Sous la plume de l’auteur, on sent les ombres et les pensées de Samba Diallo, le héros de Cheikh Hamidou Kane dans L’aventure ambigüe, qui accompagne les protagonistes portés par l’espoir d’une vie meilleure et la tragique vérité. Toutefois et au fur et à mesure du récit, le livre imprime la teinte personnelle de l’auteur et son originalité.
La saison africaine raconte la vie de paysans simples d’Afrique de l’Ouest, travaillant la terre appauvrie par la colonisation et abandonnée par l’ère des Indépendances. Malgré les difficultés, ils cultivent les valeurs ancestrales du continent et de l’histoire africaine. Gardien des valeurs morales et traditionnelles, les chefs de famille représentent une société, et nous dirons une civilisation, où chacun trouve sa place, mettant en scène la démocratie de l’être humain. La saison européenne, vécue par Cheickna le fils qui part en France pour étudier, est le récit du combat de l’exilé qui doit vaincre les préjugés, de quel bord que ce soit, le monde individualiste et ignorant des blancs et celui de ses compatriotes emprisonnés dans la lutte anti-coloniale qui voient dans l’échange ethnocentriste un renoncement à leurs racines. Subtilement, l’auteur aborde les contradictions des peuples, le paradoxe de la différence qui rapproche deux cœurs tout simplement humains. Dans l’une et l’autre partie des deux continents, les civilisations se confrontent et tentent de résoudre le « vivre ensemble », avec au fond une même idéologie, celle de « domestiquer » l’autre.
Par un récit narratif à caractère omniscient, c’est à cette troublante question que tente de répondre Fatoumata Fathy Sidibé. Ainsi, on se rend compte qu’il ne s’agit point ici de trouver des interactions dans une simple relation épidermique. La vraie compréhension naîtra de la dimension humaine qui doit prévaloir dans chaque échange inter-culturel. Puis, il y a l’histoire douloureuse de l’Afrique et l’oppression que les peuples ont subie durant des siècles et qui malheureusement continue de perdurer.
Ces deux histoires sont étroitement liées et le va-et-vient incessant qui s’est opéré, malgré la domination écrasante de l’occident sur l’Afrique, est sans doute une des clés de l’acceptation, de la tolérance et de la fraternité.
La « réconciliation » avec l’autre est largement illustrée dans l’attraction amoureuse qui anime Cheickna et Nathalie, leur union semble impossible alors que tout les rassemble d’un point de vue humain. C’est tout le poids de l’environnement social, de l’éducation qui écrase leur authentique attachement. Et c’est de cela dont il faut se défaire, semble nous dire l’auteur, sans pour autant abandonner ce qui nous constitue de manière originelle. Cheickna vit un véritable déchirement entre la tradition familiale, le devoir filial et la liberté d’un engagement partagé, choisi, loin de toute préméditation, un arrangement naturel qui ne répond qu’à une seule exigence, celle de l’amour.
De retour au pays natal, Cheickna est devenu un être entre deux mondes. La réalité de l’Afrique le rattrape en même temps qu’il se sent impuissant à combattre l’injustice, les espoirs d’un monde meilleur semblent s’être envolés. C’est pourtant Nathalie amoureuse et ayant trouvé la voie africaine qui l’aidera à reconquérir l’espérance.
Avec une lucidité touchante et une technique narrative plurielle, l’auteur parvient à nous faire partager les joies, les peines et les convictions des uns et des autres. C’est en ce sens que la littérature peut prétendre à questionner le fonctionnement de notre société multiple, en prenant de la hauteur et en dépassant les idéologies infécondes d’un univers replié sur lui-même.
L’ouvrage de Fatoumata Fathy Sidibé est un récit authentique et passionnant qui, à travers le prisme d’une trame romanesque, nous parle de l’Afrique, de son histoire, de ses traditions bafouées, de ses institutions spoliées, de ses difficultés mais aussi de ses richesses, de sa beauté, de sa volonté à « revivre », de sa nécessité à reconstruire ses propres couleurs, à valoriser ses valeurs ancestrales, sa modernité et son intelligence intrinsèque.
Le roman de Fatoumata Fathy Sidibé, parce qu’il est audacieux, sincère et d’une facture littéraire rigoureuse, est comparable à un chant pluriel et contemporain de la Renaissance Africaine.
Amadou Elimane Kane
Une saison africaine, Fatoumata Fathy Sidibé, Présence Africaine, Paris 2006.
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Les Contes d’Amadou Koumba de Birago Diop ou la transmission du récit africain
Ndongo Mbaye ou l’incarnation d’une poésie debout
Nafissatou Niang Diallo ou le récit romanesque autobiographique
Abdoulaye Fodé Ndione ou l’expression d’une poésie intimiste et absolue
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Mary Teuw Niane ou une mathématique poétique des mots
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Source : SenePlus (Sénégal)
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