Après la rencontre entre le coordinateur du Dialogue M. Moussa Fall et les différents pôles politiques pour débloquer la situation, il apparaît clairement à tout observateur honnête, que le désaccord persistant sur le thème affiché (le prétendu 3ème mandat) a une portée potentiellement bien plus profonde et plus inquiétante qu’une simple séquence de négociation politique passagère.
En effet, il faut rappeler que le pôle des partis de la majorité présidentielle se trouve en opposition vis-à-vis d’une proposition susceptible de sortie de blocage qui a été présentée par un coordinateur du Dialogue désigné par le Président de la république et issu de ses propres rangs, proposition qui a été validée par le Président de la République, garant du processus et qui a été acceptée par l’ensemble des pôles de l’opposition démocratique.
Il s’agit donc d’une configuration inédite qui traduit une forme de décalage interne au sein de la majorité, susceptible d’affecter la lisibilité de ses positions et la cohérence d’ensemble du processus engagé. Il s’agit d’une sorte de fronde qui porte directement atteinte à l’image du président de la république en tant qu’initiateur politique du dialogue et seul chef institutionnel de la majorité présidentielle en raison de la nature même de notre régime politique.
Mais, au-delà de son apparente dimension paradoxale, cette posture inédite semble refléter une dynamique plus profonde. Elle tend à mettre en évidence des réticences, exprimées de longue date par une partie de la majorité, quant à l’ouverture du dialogue sur certains sujets sensibles.
Ces réticences ne sont nullement liées à une quelconque volonté de promouvoir l’hypothèse invraisemblable d’un troisième mandat présidentiel — hypothèse explicitement écartée à plusieurs reprises par le Président de la République lui-même — mais plutôt à une volonté camouflée de certains courants politiques de s’opposer à toute tentative de rouvrir des questions considérées faussement comme déjà tranchées et qui affectent pourtant durablement notre vivre-ensemble
Il va de soi que la persistance de cette situation politique anormale pourrait, à terme, poser la question de l’articulation entre l’impulsion donnée au plus haut niveau de l’État au processus politique en cours et les positions contradictoires exprimées par les différentes composantes de la majorité.
Dans une telle hypothèse, il apparaît nécessaire de clarifier les termes de cette articulation, afin de préserver à la fois la cohérence de l’action publique et la crédibilité du processus de dialogue. À défaut, le risque serait de voir s’installer une forme de tension interne dont les précédents, dans l’histoire politique nationale, invitent à mesurer les implications avec prudence.
Sur le plan du processus, cette situation constitue un facteur de ralentissement, alors même que la proposition de compromis visait à dépasser l’impasse faussement liée à la question des mandats, en recentrant les discussions sur des axes susceptibles de rassembler, tels que la réforme électorale et l’État de droit, l’unité nationale et la cohésion sociale etc.
En définitive, l’évolution de cette séquence dépendra avant tout de la volonté des différentes composantes de la majorité — et en particulier de certains partis et groupes politiques — de privilégier la recherche du compromis, en vue d’engager les réformes indispensables dont le pays a besoin, et dont le Président de la république a assuré de sa détermination à les mettre en oeuvre.
Dans un contexte mondial et régional particulièrement difficile , cette démarche apparaît d’autant plus nécessaire qu’elle conditionne la possibilité d’une réelle entente nationale et le dépassement des logiques de fragmentation et de confrontation.
Lô Gourmo Abdoul
Le 7 avril 2026
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