Une marmite pour réunir toute une communauté en Mauritanie

Storyteller – Nouakchott, Mauritanie – Dans une petite cuisine non loin de la côte atlantique, Philomène parle de son pays avec l’assurance d’une personne qui le connait bien. Dehors, la ville suit son rythme habituel, mais ici, tout vit au doux rythme d’une marmite qui mijote et du réconfort familier d’un plat qui l’a accompagnée tout au long de sa vie : le thiéboudiène.

Les parents de Philomène sont originaires du Bénin, un petit pays d’Afrique de l’Ouest. Son père était jeune et enthousiaste lorsqu’il a quitté son pays, à la recherche d’opportunités et d’aventures. La Mauritanie n’était pas sa destination finale ; c’était une brève escale pour gagner un peu d’argent avant de poursuivre son voyage. Pourtant, il a trouvé ici quelque chose d’inattendu : la paix, la stabilité et un endroit où il s’est tout de suite senti chez lui.

« À un moment donné, j’ai arrêté de dire que j’étais béninoise et j’ai commencé à dire que j’étais mauritanienne », explique Philomène. « Mes parents sont originaires du Bénin, mais je suis née et j’ai grandi ici. Si vous me demandiez de déménager au Bénin aujourd’hui, je ne saurais même pas par où commencer. La Mauritanie est tout ce que je connais. Tout ce que je sais, je l’ai appris ici. »

Parmi toutes les choses que sa mère lui a enseignées, une recette ressort particulièrement : le thiéboudiène, ce plat sénégalais à base de riz et de poisson très apprécié et synonyme de rassemblement familial et de partage.

 

« Chaque jour après l’école, je franchissais la porte et sentais l’odeur du thiéboudiène en train de cuire. C’était devenu notre rituel. Je posais mon sac et me précipitais dans la cuisine pour jeter un œil sous le couvercle », se souvient-elle, les yeux brillants à ce souvenir.

Pendant qu’elle parle, ses mains s’agitent, donnant forme à son récit comme si elle était déjà en train de cuisiner. La cuisine semble prendre vie autour d’elle.

Le thiéboudiène est le plat national du Sénégal, mais il est globalement connu dans toute la région : en Mauritanie, au Mali et en Gambie. La bonne cuisine ne s’arrête pas aux frontières. « Ici, ce plat est plus qu’un simple repas », explique-t-elle. « C’est un moyen de se retrouver. »

Le poisson est l’élément central. « C’est là que tout commence. Le poisson est l’âme du plat. J’utilise une chair ferme, comme le mérou ou la dorade. »

Ensuite, elle prépare le nokoss, une farce piquante à base d’ail, d’oignon, de persil, de sel et de poivre. « Je réduis le tout en purée, puis je fais de petites incisions dans le poisson et j’y insère le nokoss. Cela parfume le poisson de l’intérieur. Lorsque tout mijote ensemble, ces saveurs se répandent dans toute la marmite. »

Elle fait dorer le poisson farci dans une marmite épaisse, en retournant chaque morceau avec précaution, puis les réserve.

« Le thiéboudiène est synonyme d’abondance. On y met des légumes entiers : carottes, manioc, chou, aubergines, patates douces. Au moment de servir, chacun choisit ce qu’il aime. »

 

 

Dans la marmite, elle ajoute l’eau, les légumes, le poisson et un peu de poisson séché pour donner plus de goût. Le bouillon mijote doucement. L’odeur embaume toute la cuisine. Lorsque les légumes sont tendres, elle les retire un à un.

Elle goûte le bouillon, pour savoir. « Il faut qu’il ait du caractère », explique-t-elle en ajustant l’assaisonnement avec les réflexes de quelqu’un qui a préparé ce plat des milliers de fois.

Puis elle s’occupe du riz. « C’est important : le riz ne cuit pas simplement dans l’eau. Il doit s’imprégner de toutes les saveurs du bouillon. C’est ce qui fait le thiéboudiène. » Elle couvre la casserole, baisse le feu et laisse le riz cuire tranquillement à la vapeur, absorbant tous les arômes.

Quand il est prêt, elle dresse l’assiette : le riz comme base, les légumes disposés autour comme une couronne, le poisson trônant fièrement au sommet. « On doit pouvoir voir que c’est bon avant même de goûter », dit-elle, visiblement fière de son travail.

« Ce plat représente la famille pour moi. Il représente l’Afrique. Il représente le partage de ce que l’on a. Chaque fois que je prépare du thiéb, j’ai l’impression de réunir tout le monde autour de la même table, même s’ils sont loin. »

La conversation dérive naturellement vers la migration, et le ton devient plus sérieux. Pour Philomène, la Mauritanie n’est pas seulement un pays sur une carte. C’est l’endroit qui l’a vu grandir, qui l’a construite et où elle se sent à sa place.

« Quand les jeunes parlent de migration, je veux qu’ils connaissent la vérité », dit-elle. « Ce n’est pas le rêve qu’ils s’en font. Il vaut mieux construire quelque chose ici plutôt que de tout risquer dans ces voyages dangereux. Et nos dirigeants doivent aussi entendre cela : donnez aux jeunes des raisons de rester et créez des opportunités ici. »

Sa conclusion résume bien la situation : « On ne part pas toujours parce qu’on en a envie. Parfois, on se sent obligé de le faire. Tout le monde cherche simplement une chance d’être heureux. »

 

Cette histoire a été rédigée par Moctar Sy, assistant en communication auprès de l’OIM Mauritanie.

 

 

 

Source : Storyteller (ONU Migration)

 

 

 

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