Une Belgique miraculée éjecte le Sénégal

 So Foot – Jusqu’à la 85e minute, la Belgique se dirigeait vers une élimination sans grande émotion face à un Sénégal clinique. C’était compter sans la réaction du banc ouvrant les portes de la prolongation, et un penalty à l’ultime seconde de Tielemans pour renverser le cours de l’histoire. Un des scénarios les plus ébouriffants depuis le début de ce Mondial.

Bruxelles s’apprêtait à aller gentiment se coucher. Si la communauté congolaise était partie déçue mais fière de ses Léopards, à la suite de l’élimination face à l’Angleterre plus tôt dans la soirée, tous ceux qui supportaient les Diables rouges avaient pour unique projet d’enfiler leur petit pyjama et aller pleurer sous leur oreiller après une nouvelle déconvenue. Pourtant, avant que le beffroi ne sonne les douze coups de minuit, la nuit a été appelée à s’étirer.

Le Sénégal, jusqu’ici intraitable et menant de deux buts, a vu ce qui restait de la Belgique se ressaisir, rassembler ses forces, mettre de côté ses tensions et faire de son désespoir son meilleur atout pour rattraper son adversaire dans les cinq dernières minutes. Il faudra enfin un penalty du capitaine Tielemans dans les ultimes secondes pour mettre l’affaire et son huitième de finale dans le sac. Rudi Garcia n’a cessé de rappeler qu’il avait plaisir à retrouver un Pape Thiaw qu’il a lui-même lancé dans le bain du foot pro il y a 28 ans de ça du côté de Saint-Étienne. Il ne devrait pas se priver de raconter pendant 28 ans encore comment il a retourné ce match qui restera au moins aussi longtemps en travers de la gorge des Lions.

L’école du pire

On pouvait pourtant s’attendre au pire. La supposée pire rencontre des seizièmes de finale, entre le pire premier de groupe (la Belgique avec ses 5 points) contre le pire meilleur troisième (le Sénégal avec 3 points). Le pire moment également pour voir les têtes d’affiche que sont Kevin De Bruyne d’un côté et Sadio Mané de l’autre mettre en jeu leur last danse. Du négatif, surgit comme souvent le positif, d’abord au bénéfice des Lions de la Teranga. Après les premières secousses signées Ismaïla Sarr, qui pensait pouvoir se jouer d’un Thibaut Courtois trop court sans pouvoir éviter le poteau, et Gana Gueye d’une frappe à distance, c’est le roi Sadio himself qui permet de concrétiser le temps fort des Gaïndés. Le leader sans brassard ne compte pas les efforts, déboule sur son auguste côté gauche et trouve la tête de Sarr. Celle-ci tape une nouvelle fois le poteau, mais Habib Diarra surgit pour mettre les Belges sous l’eau (0-1, 25e).

Quitte à se faire mouiller par l’arrosage automatique comme un vulgaire riverain du Canal Saint-Martin, la pause hydratation tombe à pic pour Rudi Garcia et ses hommes, qui terminent ce premier acte avec un teint moins blafard, la vivacité de Jérémy Doku et l’insouciance de Maxim De Cuyper venant sonner Mory Diaw. Si l’entrée au retour des vestiaires de Romelu Lukaku, l’impact de Sadio Mané, le petit pont de Kevin De Buyne ramènent tout le monde en 2018, c’est tout de même l’idole de Bambali qui a le plus d’influence huit ans plus tard. Dans son sillage, tout une meute qui se met en marche : Moussa Niakhaté lance depuis sa base une ogive qui atterrit sur le torse d’Ismaïla Sarr, le nouveau cador laissant ensuite sur place toute la défense, Courtois compris (0-2, 51e). L’heure de ranger De Bruyne dans son étui et les espoirs belges au placard ?

« Le match a changé d’âme »

Rudi Garcia a beau avoir une cravate qui devrait, dans la vraie vie, lui donner la responsabilité de faire des plannings pour le fast food du coin, il a visiblement quelques skills côté management. Alors que Youri Tielemans et Leandro Trossard s’engueulent en mondovision au moment de la dernière pause fraîcheur, le natif de Nemours abat un à un ses atouts. Avec un certain pif puisque chacun des entrants contribuera à rallumer la flamme. Le gaucher Dodi Lukebakio réveille les supporters d’un coup de patte qui frise la lucarne ; Diego Moreira insuffle une grinta qui s’était évaporée dans le ciel de Seattle et impulse le contre-pressing ; Thomas Meunier exploite le contre favorable pour adresser un bon centre ; Romelu Lukaku peut enfin sortir sa plus belle frappe de mammouth pour réanimer les Diables (1-2, 86e). « Le match a changé d’âme », comme le dira ensuite Rudi.

Tout s’inverse comme par magie. Tielemans et Trossard ne s’engueulent même plus ; mieux, le second sert le premier qui devance la sortie hasardeuse de Mory Diaw (2-2, 89e). Les Sénégalais avaient le Graal entre les mains, ils devront le remettre en jeu dans une prolongation étouffante. Les deux collectifs s’ankylosent et il faut attendre de longues minutes avant de voir Ibrahim Mbaye manquer l’occasion de revêtir son costume de sauveur, quand sa frappe fuit le cadre. Cette cape, c’est encore Youri Tielemans qui se la nouera autour du coup. Sur une des dernières actions avant les tirs au but, Moreira déborde, adresse un centre au cordeau qui file jusqu’à Lukebakio dont la frappe lèche la transversale.

Dans cette séquence, une image retiendra l’attention du centre VAR : Lamine Camara attrape le pied du capitaine et l’empêche donc de reprendre en amont ledit centre de Moreira. Penalty, « after review » bien sûr, et une praline que l’ancien monégasque se charge de coller à l’opposé de Mory Diaw. Pape Matar Sarr vendangera lui le coup franc de la dernière chance pour le Sénégal : il est temps de dire adieu aux Lions, à Sadio, et bonjour à ces Belges qui aborderont le prochain tour face aux USA ou la Bosnie emplis d’une confiance nouvelle.


 Belgique (4-2-3-1) : Courtois – Castagne, Mechele, Theate, De Cuyper (Meunier, 78e) – Vanaken (Moreira, 63e), Tielemans – Doku (Lukebakio, 56e), De Bruyne (Raskin, 56e), Trossard (Onana, 110e) – De Ketelaere (Lukaku, 46e). Sélectionneur : Rudi Garcia.

 Sénégal (4-3-3) : Diaw – Diatta, Ciss, Niakhaté, Jakobs (Diouf, 93e)- H. Diarra (P. Sarr, 73e), I. Gueye (B. Ndiaye, 96e), P. Gueye (Camara, 66e) – I. Ndiaye (Mbaye, 73e), I. Sarr, Mané (Jackson, 93e). Sélectionneur : Pape Thiaw.

 

Mathieu Rollinger

 

 

 

Source : So Foot (France)

 

 

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