
Un soir je dinais chez un vieil ami. Son fils,un garçon sympathique de quinze ans faisait ses devoirs dans le salon, je m’y penchai un peu puis lui recommandai de lire, beaucoup lire, la littérature en particulier.
Sur ce, son père qui regardait la TV releva la tête : «mais qu’est ce que tu dis à mon fils. Lire ? Mais tu es fou ! Je veux juste qu’il apprenne ce qu’on lui enseigne en classe, et c’est tout, le reste c’est du superflu, cela ne sert à rien juste embrouiller l’esprit.»
Je protestai contre ces billevesées mais il riait de moi : «toi, quand nous étions jeunes, tu lisais tout le temps et nous on jouait à la belote et on courait les filles, et à la fin te voilà, tu as la même voiture depuis quinze ans et tu n’as même pas de villa à toi, alors que nous tous avons tout cela, de belles voitures et des villas, mon fils ne te ressemblera pas, il fera des affaires n’est ce pas, mon chéri ?»
Je protestai, je le traitai d’ignorant, d’attardé mental, il riait, «tu sais, toi tu fais des livres que personne ne lit, sauf les cons, et moi je vends des produits que tout le monde consomme». Je lui envoyai à la tête tout les mauvais qualificatifs que m’offrait notre langue.
Je revins à la maison outré, j’en parlai à ma femme. Elle me dit qu’il avait raison.
Mbarek Ould Beyrouk
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com




