Courrier international – Visiblement touché par les accidents à répétition qui ont endeuillé l’Espagne, le directeur adjoint du quotidien ABC, Agustín Pery, livre à ses lecteurs un texte plein d’émotion.
“J’appartiens à une génération qui, au moment où les moteurs de l’avion démarraient, faisait le signe de croix. À une génération dont les mères serraient très fort la main de leurs petits tout le temps que durait l’accélération monstre du décollage et dont les pères derrière le sourire de façade tremblaient de terreur. À cette génération de voyageurs qui applaudissaient à tout rompre chaque fois que la créature de métal parvenait à regagner le tarmac. Prendre l’avion était un acte de foi, de bravoure presque. Dans les trains, cette génération, toujours la même, la mienne, embarquait dans un état de certitude sans comparaison. On descendait d’un train en ayant fini son livre, fait sa sieste. Le train, c’était du temps, des paysages, une routine. Le train c’était la tranquillité. Mais ça, c’était avant. C’était il y a longtemps.” Le temps où, lit-on dans le titre de l’article, “le train ne faisait pas peur”.
Si, à grand renfort de souvenirs mélancoliques, Agustín Pery critique le train comme moyen de transport, c’est que trois accidents ferroviaires ont eu lieu au cours des derniers jours dans son pays. Le premier a eu lieu le 18 janvier, lorsque deux trains à grande vitesse sont entrés en collision à la hauteur de la localité d’Adamuz, près de Cordoue, causant la mort de 45 personnes, selon le dernier bilan.
Deux jours plus tard, le 20 janvier, un autre accident s’est produit à Gelida, en Catalogne cette fois, où le déraillement d’un train a causé la mort du conducteur et fait 30 blessés. Enfin, ce 22 janvier, un train de banlieue a percuté une grue, près de Carthagène, dans le sud-est de l’Espagne, faisant plusieurs blessés légers.
“Des travaux ferroviaires bâclés”
Avant même ce énième drame, mercredi 21 janvier, le principal syndicat espagnol des conducteurs de train avait appelé à une grève nationale afin d’exiger des garanties de sécurité pour la profession. La preuve d’une crise devenue rapidement politique, car comme le dit Agustín Pery dans les colonnes d’ABC, quotidien conservateur, en s’adressant directement au ministre des Transports : “Cela fait des années que nous subissons des travaux ferroviaires bâclés, de l’abandon, des rafistolages mal faits et des promesses à vitesse réduite.”
Forcément, celui qui risque de subir les foudres de cette situation est le Premier ministre, Pedro Sánchez (socialiste). De fait, rapporte un autre quotidien de droite, La Razón, “le Parti populaire a déposé aujourd’hui une série d’initiatives au Congrès, parmi lesquels la plus importante : la demande à Pedro Sánchez de comparaître d’urgence devant une session plénière extraordinaire”.
En attendant, souligne El País, le ministre des Transports, Óscar Puente, a admis mercredi 21 janvier lors d’une conférence de presse “la ‘très forte possibilité’ que la cause de l’accident ferroviaire qui a coûté la vie à 45 personnes à Adamuz soit due à un défaut de la voie ferrée, en raison des ‘morsures’ [marques] détectées sur les systèmes de roulement du train Iryo accidenté, ainsi que sur d’autres trains qui ont circulé auparavant sur ce même tronçon”.
Néanmoins, à ce stade, aucune autre hypothèse n’est écartée à l’exception de l’erreur humaine, a souligné Óscar Puente. Lors de son intervention, conclut le média progressiste, le ministre socialiste “a tenté de dissocier l’accident tant de l’augmentation du nombre de trajets liée à la libéralisation du secteur que d’un manque d’investissement ou d’entretien”.
Source : Courrier international (France)
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