Courrier expat – Dans un marché de l’emploi saturé de candidatures et de filtres automatisés, Vox explore un paradoxe contemporain : plus le recrutement s’appuie sur l’intelligence artificielle, plus la différence se joue sur ce qui échappe aux machines. Le site américain part d’un constat simple : postuler n’a jamais semblé aussi aléatoire et négatif tant “l’idée qu’une occasion favorable qui change une vie puisse dépendre de la façon dont un ordinateur répond à une requête paraît à la fois déshumanisante et exaspérante”.
Le texte s’appuie sur une étude menée à la Columbia Business School, qui a testé trois modèles d’IA générative – GPT-3, GPT-4 et Llama 3.1 – utilisés pour comparer des candidats. Les chercheurs ont mis en évidence un biais structurel : “Nous avons constaté de manière systématique que le fait qu’un candidat soit étiqueté A plutôt que B ou C et l’ordre dans lequel ils sont présentés influencent le choix que fait GPT.” En clair, être premier sur une liste peut suffire à faire la différence, indépendamment des compétences. À cela s’ajoutent des biais potentiels liés à “l’identité, au genre, à l’origine ethnique, à l’âge ou à d’autres facteurs” que l’IA peut reproduire sans discernement.
L’article démonte aussi l’idée rassurante selon laquelle l’IA “égaliserait les chances”. Si elle peut aider certaines personnes à mieux présenter leur candidature, elle pose une question plus brutale : “Si vous dépendez totalement de l’IA, alors que faites-vous exactement ?” Et surtout, pourquoi payer un humain si la machine fait “suffisamment bien” le travail ?
Face à ce risque d’uniformisation, la solution avancée est contre-intuitive : cultiver la différence. Olivier Toubia, coauteur de l’étude, distingue deux stratégies – être meilleur, ou être différent – et insiste sur la seconde dans les métiers créatifs et relationnels. Dans un univers où “des machines utilisent des machines pour chercher des candidats”, la personnalité devient un marqueur décisif.
D’où ce conseil volontairement provocateur adressé aux candidats : “N’ayez pas peur de vous faire entendre. Démarquez-vous, soyez même agaçant – soyez humain.” Une conclusion sans illusion, mais sans résignation : si l’IA redessine les règles du jeu, elle rappelle aussi, en creux, ce qui ne peut être automatisé.
Source : Courrier expat
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