« Toute la terre de l’Euphrate au Nil » : le Liban et une dizaine de pays dénoncent les propos « provocateurs » de l’ambassadeur US en Israël

Mike Huckabee était interrogé par l'animateur américain Tucker Carlson sur ce que recouvre l'entité « Israël » dans l'Ancien Testament.

L’Orient Le JourUne dizaine de pays, dont le Liban, ont condamné dans un communiqué commun les propos « provocateurs » de l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, affirmant qu’Israël aurait un droit biblique sur des terres s’étendant sur une large partie du Moyen-Orient. « Ce serait acceptable si (Israël) prenait toute » la terre s’étendant « de l’Euphrate au Nil », conformément au chapitre 15 de la Genèse, avait affirmé M. Huckabee, figure du conservatisme évangélique américain, au cours d’un entretien avec l’animateur américain Tucker Carlson, diffusé vendredi.

Le communiqué publié samedi soir a été signé par le Liban, la Jordanie, les Émirats arabes unis, l’Indonésie, le Pakistan, Bahreïn, la Turquie, l’Arabie saoudite, la Syrie, Oman, l’Autorité palestinienne, le Qatar, le Koweït, l’Égypte, ainsi que les secrétariats de l’Organisation de la coopération islamique, de la Ligue des États arabes et du Conseil de coopération des États arabes du Golfe.

Contradiction directe avec le plan Trump

Les ministères des Affaires étrangères de la plupart des pays arabes et musulmans ont exprimé « leur ferme condamnation et leur profonde inquiétude » face aux déclarations de l’ambassadeur, qui évoque « l’acceptation de l’exercice par Israël de sa souveraineté sur des territoires appartenant à des États arabes, y compris la Cisjordanie occupée », dénonce le communiqué diffusé notamment sur le site du ministère libanais des Affaires étrangères. Ils ont exprimé leur « rejet catégorique de telles déclarations graves et provocatrices, qui constituent une violation flagrante des principes du droit international et de la Charte des Nations unies, et représentent une menace sérieuse pour la sécurité et la stabilité dans la région. »

Ils mettent ainsi en garde contre « la poursuite des politiques expansionnistes et des mesures illégales adoptées par Israël qui ne conduira qu’à alimenter davantage la violence et le conflit dans la région et à compromettre les perspectives de paix. » Selon eux, les déclarations de l’ambassadeur US sont « en contradiction directe avec la vision présentée par le président américain Donald Trump, ainsi que le plan global visant à mettre fin au conflit à Gaza.

Le 19e et avant-dernier point du « plan Trump » pour Gaza, annoncé le 29 septembre 2025, souligne qu’ « à mesure que progresse le développement de Gaza et quand le programme de réforme de l’Autorité palestinienne sera fidèlement mis en œuvre, les conditions pourraient enfin être réunies pour ouvrir une voie crédible vers l’autodétermination et la création d’un État palestinien. » Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a depuis affirmé à plusieurs reprises qu’Israël ne permettrait pas à un État palestinien de voir le jour.

« Israël est une terre que Dieu a donnée »

Les ministres des pays arabes et musulmans ont également exprimé « leur rejet total de toute tentative d’annexion de la Cisjordanie ou de sa séparation de la bande de Gaza, ainsi que leur vive opposition à l’expansion des activités de colonisation dans le territoire palestinien occupé, et leur refus catégorique de toute menace à la souveraineté des États arabes », à l’heure où Israël accentue la colonisation en Cisjordanie occupée.

Plusieurs pays arabes avaient dénoncé l’adoption dimanche dernier par le gouvernement israélien de nouvelles mesures foncières renforçant son contrôle sur la Cisjordanie, dernière décision en date faisant craindre une annexion du territoire palestinien occupé depuis 1967.

Mike Huckabee était interrogé sur ce que recouvre l’entité « Israël » dans l’Ancien Testament. « La Genèse 15 dit qu’Abraham reçoit de Dieu l’annonce selon laquelle ses descendants hériteront de la terre. Et dites-moi, vous en tant que théologien, si je me trompe, mais je crois que cela va de l’Euphrate au Nil. Et cela inclurait pratiquement tout le Moyen-Orient. Ce serait le Levant. Donc cela comprendrait Israël, la Jordanie, la Syrie, le Liban. Cela inclurait aussi de vastes parties de l’Arabie saoudite et de l’Irak… Enfin, je ne suis pas sûr que cela aille aussi loin… Ce serait en tout cas de nombreux territoires qui sont aujourd’hui des pays », avait demandé l’ancien présentateur de la chaîne américaine conservatrice Fox News.

« Mais cette zone spécifique dont nous parlons maintenant, Israël, est une terre que Dieu a donnée par l’intermédiaire d’Abraham à un peuple qu’il a choisi. Il s’agissait d’un peuple, d’un lieu et d’une mission », avait répondu Mike Huckabee.

« Israël a-t-il droit à cette terre ? », lui a ensuite demandé Tucker Carlson, en voyage en Israël cette semaine. « Ce serait acceptable s’ils la prenaient toute », a répondu l’ambassadeur américain.

Mike Huckabee, qui occupe son poste depuis avril 2025, est un fervent soutien de la politique israélienne du gouvernement Netanyahu. Dans sa première prise de parole suite à l’annonce de sa nomination en tant qu’ambassadeur des États-Unis en Israël en novembre 2024, il avait réitéré son « soutien » à la colonisation de la Cisjordanie. « Il n’y a pas de territoire qui s’appelle la Cisjordanie, c’est la Judée et la Samarie (nom biblique donné à ce territoire, ré-approprié par la droite israélienne, Ndlr), avait-il clamé dès janvier 2017. Il y a certains mots que je refuse d’employer. Les colonies n’existent pas, ce sont des communautés, des quartiers, des villes. L’occupation n’existe pas. »

Depuis l’arrivée au pouvoir en 2022 de la coalition la plus à droite de l’histoire de l’État hébreu, l’expansionnisme israélien a le vent en poupe. Une tendance qui s’est renforcée après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait déclaré le 12 août 2025 dans une entrevue accordée à la chaîne i24NEWS, se sentir investi d’une « mission historique et spirituelle » et être profondément « attaché » à la vision d’« un Grand Israël ». L’emploi de ce terme avait alors été condamné par les pays arabes et plusieurs chancelleries occidentales.

 

 

Source : L’Orient Le Jour (Liban)

 

 

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