« Tout le monde a le 06 de Donald Trump »

Dans sa chronique, Guillemette Faure met en lumière les transformations invisibles de notre époque. Cette semaine, la surprenante accessibilité du président des Etats-Unis, qui n’hésite pas à prendre les journalistes au téléphone, malgré tout le mal qu’il dit d’eux publiquement.

M Le Mag – Parmi les multiples articles qui ont suivi l’intervention américaine au Venezuela le 3 janvier, deux du New York Times confirmaient ce que de plus en plus de médias américains laissent entendre depuis des mois : non seulement les journalistes semblaient tous avoir le numéro de portable du président des Etats-Unis mais, plus surprenant, ce dernier était incapable de résister à un appel. « Lors d’un entretien téléphonique, Trump s’est réjoui de la capture de Maduro », titrait le premier. « Pourquoi j’ai appelé le président Trump à 4 h 30 du matin sans prévenir », promettait le second.

Le correspondant du New York Times à la Maison Blanche en est d’autant plus surpris que, lors de la présidence démocrate de Joe Biden, il n’a jamais réussi à interviewer ce dernier une seule fois en quatre ans. Mieux : trois mois après son départ, quand il l’a appelé sur son portable, il s’est fait éreinter par ses conseillers et Joe Biden changeait de numéro trois jours plus tard.

A l’inverse, Donald Trump a beau traiter les médias traditionnels d’« ennemis du peuple américain », dénoncer régulièrement leurs « fake news » et répéter que The New York Times est « mourant », il ne rate pas une occasion de parler à ses journalistes, y compris chaque jour pour commenter l’actualité quasi en direct.

C’est arrivé près de chez vous

Que toute la presse française ait eu le 06 de François Hollande, on le savait, mais on imaginait le chef de la Maison Blanche autrement barricadé, surtout vis-à-vis des médias qu’il ne cesse d’étriller, quand il ne promet pas de les poursuivre en justice.

Sophia Cai, reporter à la Maison Blanche pour le site d’information Politico, en a fait une vidéo (« Croyez-le ou non, vous pouvez simplement appeler le président »). Elle y explique avoir composé le numéro de Donald Trump dans « le calme des jours qui ont suivi Noël » et que ce dernier « a décroché comme n’importe qui ».

Dans son livre American Canto (Simon & Schuster, 2025, non traduit), l’ex-journaliste star Olivia Nuzzi met en scène avec une coquette élégance son propre coup de fil : « J’ai appelé le président. Il a répondu. Il avait l’air bizarre. C’était bien son numéro. Il m’avait contactée depuis ce même numéro récemment. » Même surprise pour Michael Scherer, de The Atlantic, pourtant qualifié de « sale type » travaillant pour un magazine « de troisième zone » par Trump lui-même. Après avoir essuyé un refus d’interview, le journaliste raconte avoir joint le président directement sur son portable un samedi matin et avoir ainsi pu l’interroger.

Le second mandat de Donald Trump aura donc été l’occasion de voir émerger un nouveau genre journalistique : le récit de son propre appel au président.

On aurait dû s’en douter

Maggie Haberman, l’ancienne correspondante à la Maison Blanche du New York Times, notait dès le premier mandat du président Trump qu’il ne fallait pas se fier à tout le mal qu’il disait de la presse traditionnelle et qu’il s’avérait être la personnalité politique la plus accessible qu’elle ait suivie.

Sans doute parce que c’est avec son téléphone qu’il a construit sa carrière. Pour bâtir sa légende, dans ses grandes années de promoteur immobilier, Donald Trump appelait régulièrement les tabloïds new-yorkais, parfois sous un faux nom, afin de nourrir leurs chroniques de pseudo-scoops sur ses affaires, divorces et mariages. Dans son best-seller Trump par Trump (L’Archipel, 2017), il fait d’ailleurs du téléphone l’étalon de ses succès dès la première page : « J’arrive au bureau vers 9 heures et je me mets au téléphone. J’ai rarement un jour à moins de cinquante coups de fil et ça monte souvent à plus de cent. »

Au point, raconte Olivia Nuzzi, qu’il avait même encadré à la Maison Blanche une grande photo de lui-même un smartphone à l’oreille. « Il semblait répondre à tous les appels, en fait, qu’il reconnaisse ou non le numéro de téléphone, qu’il soit ou non occupé à autre chose », écrit-elle dans son livre à propos d’un président qui a sa propre photo en fond d’écran.

Lu et entendu

« Après trois sonneries, nous étions en ligne. Il a dit : “Allô !” et je me suis lancé » (Tyler Pager, du New York Times). « Pas de transfert, pas de mise en attente, il a demandé : “Qui est-ce ?” » (Sophia Cai, de Politico). « “Qui est à l’appareil ?”, a demandé Trump lorsqu’il a répondu à notre appel, un matin de fin mars depuis le country club dont il est propriétaire à Bedminster, dans le New Jersey. C’était une question légitime : cela aurait pu être n’importe qui » (Ashley Parker et Michael Scherer, de The Atlantic). « Longtemps après qu’ils étaient passés de mode, voire qu’ils aient cessé d’être fabriqués, il a continué à utiliser un téléphone à clapet parce qu’il préférait la façon dont l’appareil s’articulait le long de son visage, de sorte que le microphone était positionné près de sa bouche » (Olivia Nuzzi, dans American Canto).

Effets immédiats

Maintenant que des journalistes ont appelé Donald Trump au milieu de la nuit en pleine intervention militaire américaine au Venezuela et qu’il leur a parlé au téléphone en direct du club de golf de son luxueux domaine de Mar-a-Lago (Floride), que peuvent-ils espérer de mieux ? Peut-être que les rôles soient inversés, comme lors du coup de fil surprise reçu l’été 2025 par le correspondant en chef de la BBC pour l’Amérique du Nord, Gary O’Donoghue, relaté dans un article titré : « Comment le président m’a réveillé pour une interview surprise et les points à retenir » ?

Source : M Le Mag

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