
Agence de Presse Africaine – Les tensions entre l’Afrique du Sud et le Nigeria se sont aggravées après la mort de trois migrants nigérians, dans un contexte de durcissement de la politique sud-africaine contre l’immigration irrégulière. Abuja accuse Pretoria d’être responsable de ces décès, qu’il attribue à un « ciblage injustifié » des ressortissants africains, alimentant ainsi les inquiétudes sur les conséquences pour l’intégration continentale.
Le ministère nigérian des Affaires étrangères indique qu’Emeka Charles Iroegbu est décédé le 28 juin après avoir, selon lui, subi des « méthodes d’interrogatoire particulièrement brutales » de la part de policiers à Pretoria. Le même jour, Musa Yunana Joe, commerçant, a été tué par des assaillants non identifiés à eMalahleni.
Le ministère affirme également que des policiers sud-africains seraient impliqués dans « l’exécution extrajudiciaire » d’un autre Nigérian, Nnaemeka Mathew Andrew Ekpenyong.
Selon Abuja, l’enquête est en cours mais aucune arrestation n’a encore été effectuée, bien que « les quatre policiers impliqués soient connus des services de police sud-africains ».
Pour les autorités nigérianes, ces faits soulèvent la question de la responsabilité de l’État au regard du droit international. « Les éléments recueillis par nos missions diplomatiques constituent une base suffisante pour engager des poursuites pénales », affirme le ministère.
Le Nigeria avertit par ailleurs que les responsables de groupes tels que March on March et Operation Dudula, accusés d’incitation à la violence contre les étrangers africains, devront répondre de leurs actes.
Le ministère nigérian souligne également que l’Afrique du Sud présente « l’un des taux de criminalité les plus élevés au monde », marqué par des violences et des pillages récurrents.
Il estime en outre qu’il est injuste de faire des étrangers des boucs émissaires de problèmes socio-économiques structurels.
Cette montée des tensions intervient dans un climat de recrudescence des sentiments anti-migrants en Afrique du Sud, où plusieurs mouvements accusent les étrangers de concurrencer les nationaux sur le marché du travail et de peser sur les services publics.
Des organisations comme March on March et Operation Dudula ont appelé les migrants en situation irrégulière à quitter le pays, fixant un ultimatum au 30 juin. Plusieurs États africains ont depuis organisé des opérations de rapatriement.
Selon Abuja, environ 700 Nigérians figurent parmi les quelque 25 000 ressortissants africains ayant quitté l’Afrique du Sud avant cette échéance.
Le gouvernement nigérian affirme que « toutes les options restent sur la table » si la situation n’est pas corrigée et annonce vouloir réclamer des indemnisations pour les citoyens ayant quitté le pays, en procédant à un recensement des biens abandonnés.
De son côté, Pretoria rejette ces demandes. La ministre sud-africaine chargée de la Présidence, Khumbudzo Ntshavheni, affirme que les ressortissants nigérians sont libres de vendre leurs biens légalement enregistrés.
Cette détérioration des relations entre le Nigeria et l’Afrique du Sud, deux puissances majeures du continent, pourrait compliquer les efforts d’intégration régionale et la promotion de la libre circulation des personnes en Afrique.
Source : Agence de Presse Africaine (APA)
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