Tendance – “Le nouveau rêve américain est de quitter l’Amérique”

Partir de son pays est un choix de vie qui mêle espoir et désillusion. “CNN” et “The Independent” publient des témoignages de familles américaines expatriées en Europe, tandis que le “Boston Globe” alerte sur l’impossibilité d’échapper à l’ombre planétaire de Trump.

Courrier expat  – De plus en plus d’Américains envisagent de quitter leur pays, non seulement pour découvrir de nouvelles cultures ou améliorer leur qualité de vie, mais aussi pour fuir un climat politique et social qu’ils jugent de plus en plus hostile. Trois textes récents – un article du quotidien britannique The Independent, un reportage du site de la chaîne CNN et une tribune du quotidien américain Boston Globe – montrent comment ce désir de départ se nourrit de frustrations personnelles et politiques, notamment liées à la présidence de Donald Trump.

The Independent met en lumière l’expérience d’Alyssa Bolaños, ancienne employée de l’administration de l’immigration. Sous la présidence de Donald Trump, elle a fini par quitter son travail en raison des politiques mises en place, se sentant “défaite et tout simplement brisée”. Après la réélection de Trump en 2024, sa famille a “élaboré un projet très précipité pour partir avant la fin de l’été”, vendant ses biens pour voyager avant de s’installer définitivement à l’étranger. Alyssa Bolaños explique également que son mari et elle avaient “très peur d’élever leurs enfants dans un endroit où leurs parents pourraient être détenus juste parce que nous parlions espagnol, malgré le fait que nous étions des citoyens américains”. L’article mentionne aussi le fait que “le nouveau rêve américain est de quitter l’Amérique”, une phrase devenue récurrente sur les réseaux sociaux parmi les partisans de l’expatriation.

Cette tendance se reflète dans les chiffres cités par le journal : un sondage indique que 4 Américains sur 10 ont envie de vivre à l’étranger pour avoir une vie meilleure – plus de 5 sur 10 parmi les milléniaux et plus de 6 sur dix parmi les membres de la génération Z. L’article relève aussi que les changements apportés aux règles de visas sous Trump ont provoqué une baisse de 30 à 40 % des nouveaux étudiants internationaux et une diminution de 15 % pour l’ensemble des étudiants étrangers inscrits dans les universités américaines, ce qui pourrait représenter un manque à gagner économique de 7 milliards de dollars (5,9 milliards d’euros).

Le reportage de CNN explore l’autre versant de ce projet : les transformations vécues par les Américains installés en Europe. Kate Raidt, qui a déménagé avec son fils d’Atlanta à Ulm, en Allemagne, raconte le “long et difficile processus” pour obtenir un visa, mais affirme que “le déménagement s’est déroulé bien mieux que ce que quiconque aurait pu imaginer”. Elle souligne les effets positifs sur sa santé mentale et physique grâce à sa nouvelle vie proche de la nature, entre le Danube et les Alpes bavaroises.

Une autre Américaine installée sur une île suédoise explique que, pour s’adapter, il faut “changer de logiciel”. Ces récits montrent que l’expatriation n’est pas seulement un choix géographique, mais aussi un processus de reconstruction personnelle, souvent motivé par le souhait de fuir une atmosphère politique et sociale pesante.

Justement, dans une tribune publiée par le Boston Globe, le journaliste Eugene Scott, qui a suivi Trump pendant une dizaine d’années, pour CNN et The Washington Post notamment, met en évidence le lien direct entre la perception politique et le désir de partir. Selon un sondage Gallup, la proportion d’Américains qui souhaitent s’expatrier atteint 40 % chez les jeunes femmes âgées de 15 à 44 ans. La proportion de citoyens qui voudraient partir tout en désapprouvant la direction politique des États‑Unis atteint près de 30 %, un niveau record. Avant l’arrivée de Trump à la présidence en 2017, l’intérêt pour l’expatriation n’était pas corrélé de manière significative à l’opinion sur le président. Mais sous Trump, ceux qui désapprouvent sa politique sont beaucoup plus enclins à vouloir émigrer. “Cependant, étant donné le pouvoir mondial détenu par Trump – quelque chose qu’il a encore réaffirmé la semaine dernière lors du Forum économique mondial, à Davos, en Suisse –, la probabilité de faire de son foyer une nation qui n’est pas profondément affectée par Trump semble faible”, prévient Eugene Scott. Le journaliste conclut ainsi :

“L’administration Trump prend une série de décisions politiques qui affectent non seulement les Américains, mais aussi les personnes en dehors des États‑Unis. C’est quelque chose qui mérite d’être gardé à l’esprit aussi bien lorsque l’on envisage de vivre à l’étranger que lorsque l’on vote tout en restant aux États‑Unis.”

Finalement, où qu’on soit, il semble impossible d’échapper à Donald Trump.

 

Ingrid Therwath

 

 

Source : Courrier expat

 

 

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