Télévision – L’art de commenter les matchs en arabe, une “déclaration d’amour au football”

Portés par la richesse de la langue arabe et de sa tradition orale, les commentateurs sportifs du Moyen-Orient transforment les rencontres télévisées en un spectacle à part entière grâce à leurs envolées lyriques, dont les extraits font le bonheur des réseaux sociaux.

Courrier international  – L’empreinte du football dans la mémoire collective à travers l’histoire “ne s’est jamais limitée aux buts décisifs ou aux moments de génie sur le terrain. Elle a toujours été accompagnée par une voix pour capter l’énergie, susciter l’enthousiasme et transformer ces instants fugaces en souvenirs impérissables”, écrit le quotidien koweïtien Al-Qabas.

Dans cette perspective, poursuit le journal, “les commentateurs arabes se sont imposés comme de véritables architectes de la mémoire collective”, du Maroc à Oman en passant par le Maghreb, l’Égypte, les pays du Levant et du Golfe. “Par leurs mots, ils n’ont pas seulement commenté des matchs, mais façonné l’identité sportive et la conscience footballistique du monde arabe.”

Certes, “ce même instinct le besoin de trouver les mots pour exprimer l’impossible transcende les cultures”, explique une journaliste soudanaise sur le site de New Lines Magazine, mettant en avant les spécificités des commentateurs sportifs européens ou sud-américains. Cependant, poursuit-elle :

“Nulle part ailleurs ces émotions ne sont plus vives que dans la cabine d’un commentateur arabe, où un match se transforme en un véritable spectacle.”

Embarqués dans des “aventures palpitantes”

Dans un salon, un bar ou devant un écran géant diffusant le match, “le commentateur arabe est souvent la voix la plus forte, avec un vibrato qui couvre même les conversations les plus bruyantes”, s’amuse un journaliste au quotidien anglophone émirati The National.

Dans le monde arabe, “il n’y a pas de pauses significatives ni de temps de jeu laissé à l’écran”, contrairement à l’Europe, où le commentaire est plus clinique, et le commentateur très souvent accompagné d’un consultant.

Assumant seul le commentaire des rencontres, “il possède la profondeur et la dextérité nécessaires pour exprimer toute la palette des émotions que suscite ce sport à la fois magnifique et complexe”, trouvant les mots pour exprimer “la panique, l’irritation ou l’espoir que, nous autres devant notre écran, ne pouvons exprimer qu’en agitant les poings”.

Ces commentateurs “tiennent les spectateurs en haleine, leur voix montant en intensité et en rythme à mesure qu’un joueur s’approche du but”, “embarquent les spectateurs dans des aventures palpitantes, expriment leur déception face à une occasion manquée, leur enthousiasme lors d’un but, ou prodiguent des conseils amoureux à la moindre opportunité”, raconte le correspondant au Liban du Guardian.

L’arabe, une langue “profonde et poétique”

Des commentaires puisés dans une “langue profonde et poétique”, souligne New Lines Magazine.

Le Moyen-Orient, reprend le Guardian, “possède une longue tradition orale, où l’on se réunissait pendant des heures pour réciter des poèmes improvisés et montrer sa maîtrise de la langue qui compterait jusqu’à 500 façons différentes de designer un lion”.

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C’est ce qu’explique au journal britannique un passionné de football au Qatar. “La langue arabe possède une science classique de l’éloquence, la balagha, et une culture littéraire qui a placé le poète au centre depuis les odes préislamiques. Le commentaire a pris une place qui existait déjà.”

Une tradition dont les commentateurs arabes des matchs de football, passés maîtres dans l’art des “envolées d’improvisation poétique”, sont les dignes héritiers.

Des gimmicks devenus mythiques

“Des cafés bondés du bord de mer au Liban, où des supporters enthousiastes mettent à rude épreuve les chaises en plastique usées, aux restaurants climatisés du Golfe”, les commentateurs arabes des matchs de la Coupe du monde composent ainsi la “bande-son” de la compétition dans la région, écrit le Guardian.

Le plus célèbre d’entre eux est sans doute Issam Chaouali. À 56 ans, ce journaliste sportif tunisien est l’une des grandes voix du football de la chaîne sportive panarabe BeIn Sports, qui détient depuis des années les droits de diffusion exclusifs de la Coupe du monde et des plus grands tournois et championnats européens pour l’ensemble du Moyen-Orient.

Le magazine GQ Middle East lui a consacré un portrait :

“Il est naturel que mes commentaires présentent une certaine exagération par rapport à ceux d’un Européen ; l’émotion guide nos choix et nos décisions.”

Chaouali fait partie de ceux dont les commentaires sont devenus viraux sur les réseaux sociaux, comme cette envolée après un but de Lionel Messi en 2011, lorsqu’il convoque les légendes du football.

Cette Coupe du monde a déjà offert son lot de commentaires d’anthologie, notamment celui du journaliste sportif omanais Amer Al-Khudhiri sur BeIn Sports après le premier but de Cristiano Ronaldo qui a fait taire les critiques lors de cette Coupe du monde contre l’Ouzbékistan.

Voici ce que dit une jeune journaliste libanaise citée par le Guardian : “Nous savons comment offrir un spectacle. J’ai l’impression que même si vous ne comprenez rien au football et que vous regardez le match, en entendant ces magnifiques commentaires qui sonnent comme une véritable déclaration d’amour au football, vous ne pourrez que vous enthousiasmer.”

 

 

Source : Courrier international (France) – Le 04 juillet 2026

 

 

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