Technicienne de surface est un métier, il n’y a rien de dévalorisant à exercer cette activité

Arrivée au Sénégal il y a près de trois ans, Yatéra Cissé a rapidement été frappée par la précarité dans laquelle évoluent de nombreuses travailleuses domestiques.

Seneplus – Le pari de redonner dignité aux « invisibles ». Après la publication de notre enquête sur les travailleuses domestiques intitulée « Les Invisibles », Yatéra Cissé, fondatrice de la structure CYDILY CBC, a tenu à apporter son éclairage sur la situation de ces milliers de femmes qui œuvrent quotidiennement dans les foyers sénégalais. À travers son centre de formation et d’insertion, elle défend une vision ambitieuse : professionnaliser le travail domestique, améliorer les conditions de travail et garantir à ces femmes une rémunération leur permettant de vivre dignement.

Arrivée au Sénégal il y a près de trois ans, Yatéra Cissé a rapidement été frappée par la précarité dans laquelle évoluent de nombreuses travailleuses domestiques. Salaires dérisoires, absence de protection sociale, horaires extensibles à volonté, manque de reconnaissance et de formation : le constat est sans appel. «Beaucoup travaillent comme elles peuvent, sans véritable encadrement ni équipement de protection. Certaines manipulent quotidiennement des produits dangereux sans gants ni masques », explique-t-elle. Face à cette réalité, elle décide de créer CYDILY CBC, une structure spécialisée dans la formation et l’accompagnement des personnels de maison. Son ambition est claire : faire du travail domestique un métier reconnu et valorisé.

FORMER POUR PROFESSIONNALISER 

Forte d’une expérience de plus d’une décennie dans les ressources humaines en France ainsi que dans le secteur social, Yatére Cissé a conçu un modèle reposant sur la formation professionnelle et l’accompagnement à l’emploi. Au sein de CYDILY, les apprenantes bénéficient d’une formation qui va bien au-delà des techniques de nettoyage. Hygiène, sécurité, utilisation des produits ménagers, entretien des espaces, communication avec l’employeur, mais aussi développement personnel et estime de soi figurent au cœur des enseignements. « Quelqu’un qui n’aime pas ce qu’il fait ne peut pas bien travailler. Nous travaillons d’abord sur l’estime de soi avant même de parler technique », souligne-t-elle. La pédagogie mise en place se veut accessible à toutes, y compris aux personnes peu ou pas scolarisées. Jeux de rôle, démonstrations pratiques et apprentissage visuel permettent à chacune d’acquérir des compétences directement applicables sur le terrain.

DES INNOVATIONS AU SERVICE DES TRAVAILLEUSES 

L’une des principales innovations de CYDILY CBC réside dans son approche globale de l’insertion professionnelle. Contrairement à de nombreuses structures informelles, l’accompagnement ne s’arrête pas à la formation. L’organisation impose notamment l’utilisation d’équipements de protection individuelle comprenant blouse, gants, masque, chaussures adaptées et autres accessoires nécessaires à l’exercice du métier. Les employeurs sont également sensibilisés à leurs responsabilités. Les contrats de travail sont formalisés et les horaires définis à partir d’une évaluation préalable des tâches à accomplir.

Autre avancée notable : l’intégration de la Couverture maladie universelle (CMU). Les employeurs recrutant du personnel formé par CYDILY CBC sont encouragés à prendre en charge cette couverture sociale afin de garantir un minimum de sécurité sanitaire aux travailleuses. En cas de litige, la structure joue également un rôle de médiateur entre employeurs et employées.

UN METIER QUI MERITE RESPECT ET RECONNAISSANCE 

Pour Yatéra Cissé, le principal combat reste celui du regard porté sur le travail domestique. « Technicienne de surface est un métier. Il n’y a rien de dévalorisant à exercer cette activité. Au contraire, ces femmes contribuent au bien-être des familles et à l’économie du pays », insiste-t-elle. Elle dénonce une hiérarchisation sociale qui tend à considérer ces professions comme secondaires, alors qu’elles sont indispensables au fonctionnement quotidien de milliers de ménages. Selon elle, une travailleuse domestique correctement formée et rémunérée doit pouvoir bâtir des projets de vie, financer les études de ses enfants, acquérir un terrain ou encore améliorer ses conditions d’existence. « Pourquoi une femme de ménage n’aurait-elle pas droit à un salaire lui permettant de réaliser ses projets comme n’importe quel autre travailleur ? », s’interroge-t-elle.

Malgré les avancées enregistrées ces dernières années, les obstacles restent nombreux. Le manque de contrôle dans l’application des textes réglementaires demeure une réalité. Bien qu’une classification des emplois domestiques existe désormais, son respect dépend encore largement de la bonne volonté des employeurs. À cela s’ajoute la concurrence du secteur informel où certaines intermédiaires prélèvent une partie importante des salaires des travailleuses. Autre difficulté : convaincre les ménages et les entreprises de l’importance de la formation professionnelle dans un secteur souvent considéré comme ne nécessitant aucune qualification particulière. « Beaucoup reconnaissent l’utilité de notre démarche mais hésitent encore à investir dans la professionnalisation du secteur », regrette la fondatrice de CYDILY CBC.

Malgré ces défis, Yatéra Cissé reste optimiste. Son centre est aujourd’hui le premier au Sénégal dédié aux métiers de service à avoir obtenu l’accréditation du Fonds de financement de la formation professionnelle et technique (3FPT). Cette reconnaissance permet aux apprenantes de bénéficier de formations gratuites et ouvre de nouvelles perspectives de collaboration avec les hôtels, restaurants, musées et autres structures recherchant du personnel qualifié. La responsable souhaite également renforcer ses partenariats avec les organisations de défense des travailleuses domestiques, les ministères concernés et les institutions nationales et internationales afin de contribuer à l’élaboration d’un cadre plus protecteur. Son ambition est résumée dans le slogan de sa structure : « Faire de l’invisible une force visible. » Une devise qui résonne particulièrement avec la réalité des milliers de travailleuses domestiques sénégalaises dont le rôle essentiel demeure encore trop souvent méconnu.

À travers CYDILY CBC, Yatéra Cissé tente de démontrer qu’au-delà du simple ménage, il existe un véritable métier, porteur d’avenir, de dignité et d’émancipation pour des milliers de femmes.

Source : Seneplus (Sénégal)

 

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page